Des cornflakes dans le porridge
- Publié le 30-07-2017 à 14h43
- Mis à jour le 30-07-2017 à 14h45

Alors qu'il s'apprête à regagner l'Amérique où il est né, Bill Bryson, qui s'est installé en Grande-Bretagne en 1973, décide de visiter une dernière fois le pays où il a vécu pendant vingt ans. Le facétieux auteur de récits de voyages ("Promenons-nous dans les bois", "American Rigolos", entre autres) s'offre ainsi quelques semaines d'une "sorte de tournée d'adieux à travers cette île aimable et verdoyante où j'avais si longtemps été chez moi". Ce périple effectué en transports en commun, il l'entreprend depuis la mer et Calais, retrouvant ainsi son premier point de vue, pour remonter l'île jusqu'au point le plus septentrional de l'Ecosse.
Oxford, Londres, Ludlow, Manchester, Liverpool, Newcastle, Edimbourg… S'il a déjà foulé les villes avec lesquelles il renoue, Bill Bryson semble, le plus souvent, être en train de découvrir un nouveau monde, source d'émerveillements. Fustigeant ce qui nuit aux cités traversées (ces mêmes grands magasins qui gomment toute singularité), ce voyageur pas comme les autres sait assurément où il faut diriger ses pas pour dénicher quelques merveilles architecturales ou paysagères.
"C'est vraiment une entreprise mélancolique que ce périple, un peu comme lorsqu'on fait une dernière fois le tour d'une maison chère à son cœur." C'est aussi pour l'auteur l'occasion de se remémorer son premier emploi dans un hôpital psychiatrique ("faire la connaissance d'un pays à travers les yeux des fous est une expérience passionnante et, si je puis me permettre, une préparation singulièrement utile à la vie en Angleterre"), ses débuts dans la presse, sa rencontre avec celle qui deviendra sa femme.
D'hôtels (dont il ne peut que se réjouir de l'amélioration des services) en Bed&Breakfast, de grandes villes en points reculés, c'est un "petit pays" que parcourt notre guide : car "en dépit de sa diversité topographique et de sa majesté intemporelle", la Grande-Bretagne n'a rien à offrir qui rivaliserait avec les Alpes ou les chutes du Niagara. Mais le regard du voyageur est aussi celui d'un sociologue touché par son sujet. A le lire, on ne peut s'empêcher de penser que la vivacité de son esprit et de son humour n'a pu qu'être renforcée par celle des autochtones. A l'heure du Brexit, ces "cornflakes dans le porridge" gardent une saveur inimitable.

Bill Bryson, "Des cornflakes dans le porridge", traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Hélène Hinfray, Petite Bibliothèque Payot, coll. "Irrésistibles" n° 1046, 347 pp., env. 9,80 €