Livres - BD

On a beau s’appeler Pavlina, jouer du piano et être mignonne à croquer, lorsqu’on grandit entourée de malabars, on fait vite "poids léger". La fillette, en effet, contrastait aux côtés d’Oleg, son frère aîné, qui pensait et respirait foot, d’Ivan qui avait toujours faim, et de Vlad, cycliste fou, les yeux rivés sur son chrono. Surnommée Brindille, la petite dernière de la fratrie devait voler ses moments au piano et assumer toutes les corvées, vaisselle ou repassage. Jusqu’au jour où Sergueï, le père de la joyeuse bande, par ailleurs chauffeur de taxi, trouva sa fille avec un œil au beurre noir. En raison, en réalité, d’une négociation de préparation de repas à la lutte gréco-romaine. Il n’en fallut pas plus pour convaincre Brindille de troquer son piano contre la boxe. Et la voici, larges gants rouges aux poignets, prête à combattre ses frères, le monde et, surtout, l’injustice. Et même son entraîneur, lorsqu’il osa se moquer d’elle en lui disant que "sauter à la corde, c’est un truc de fille, non ?" Au fil des semaines et des entraînements, la fillette améliora rapidement son uppercut droit tandis que son gauche foudroyant lui donnait de l’assurance. C’est le jour du match que Pavlina comprit à quel point ses frères l’aimaient et qu’elle put retrouver son cher piano dans un album vintage d’une belle force graphique. Entre ellipses, perspectives et lignes fuyantes, Rémi Courgeon aborde avec efficacité et tension la question du respect et de l’égalité des sexes.

Les filles seules au milieu d’une famille de garçons ne sont toutefois pas les seules à se plaindre de leur condition. Carl Norac, par exemple, livre les revendications de Rex, le "Ti chien à papa" qui cesserait volontiers d’être un toutou. Avec ses yeux de cocker, ses oreilles pendantes et son foulard autour du cou, il étouffe, le "chou, doudou toutou" à son papa, et quitte volontiers la page dans un album largement noir et blanc qui décrit la vie bêtifiante de certains canidés avec beaucoup d’humour. Grand auteur de livres jeunesse, Carl Norac joue sur la langue infantilisante avec un zeste de cynisme pour rappeler qu’il vaut mieux être chat, s’il faut vraiment, coussin, caméléon ou sac à provision, plutôt que chien, cette race dont la vie, c’est bien connu, est d’une grande pénibilité. Dessiné avec beaucoup de doigté par la Lyonnaise Isabelle Chatellard, avec ses cadrages et perspectives atypiques, voici un bel objet livre vivant comme un carnet de croquis. Un livre à croquer qui ne manque pas de chien.

Brindille Rémi Courgeon Milan 34 pp., env. 17 €. Dès 5 ans

Mon ti chien Carl Norac et Isabelle Chatellard Didier jeunesse 64 pp., env. 14 €. Dès 4 ans