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On se glisse volontiers "Sous la robe des saisons" et sous la plume, les feuilles, le souffle de Philippe Mathy qui vient de recevoir le Prix littéraire 2013 du Parlement. Partant des ténèbres pour rejoindre la lumière, le recueil de poésies "Sous la robe des saisons" dévoile une écriture sensible, libre, inattendue et d’une infinie douceur : " Je suis allée sur ta tombe pour y déposer mon ombre. Elle est restée là, muette, refusant de rentrer avec moi." Ou encore, et surtout : " C’est l’été. Tout brûle au-dehors jusqu’aux jambes des filles caressées de lenteur. C’est l’été. tant de semences volent dans l’air mobile, tant de rires fusent dans le vin des longs soirs. C’est l’été mais un vent glacé ne cesse de trouer nos silences, de battre notre cœur de ses gifles de neige. "

Partant du deuil et de l’hiver de la vie, parce que nous ne sommes que des oiseaux de passage, "La robe des saisons" soulève peu à peu ses jupons pour encourager, encore, toujours et plus que jamais, l’émerveillement, celui par lequel commence la sagesse, comme le disait Socrate. Il nous parle de la vie, du temps qui passe, de l’amour, du pays. Autant de réflexions philo-poétiques.

Né en 1956, Philippe Mathy habite dans la région de Tournai et a déjà publié plusieurs recueils dont "Une eau simple" (Le Taillis Pré, 2005) ou "Barque à Rome" (L’Herbe qui tremble, 2011). Si l’écriture est solitaire, il sait qu’on écrit sans songer à personne, en ignorant pour qui. Ce "pour", déclare-t-il, est pourtant bien présent. A nous maintenant de nous laisser caresser par ses mots, de partager sa solitude.

J’aimerais

A l’opposé, preuve qu’il existe plusieurs plumes contemporaines, les textes de l’auteur néerlandais Toon Tellegen. D’une poésie tantôt brute, tantôt réaliste, tantôt naïve, ceux-ci sont également réunis dans le livre d’art "J’aimerais" de l’illustratrice et peintre flamande Ingrid Godon, souvent primée pour son travail ("Attendre un matelot", ed. Être, 2008). D’abord édité en flamand chez Lannoo, "Ik wou" (cf. LLB 14/3/2013) vient de paraître en français.

Mêlant pastel gras, crayons de couleur et peinture, l’artiste a réalisé une trentaine de portraits. Partant des photos à l’ancienne, quand les enfants mettaient leurs beaux costumes pour être immortalisés, elle nourrit ses visages placides d’une réelle étrangeté, de gravité aussi. Elle a ensuite demandé à l’écrivain Toon Tellengen d’écrire des textes au regard des photos. Philosophiques, singuliers, sincères, ils trahissent nos peurs, désirs, souffrances ou regrets pour un dialogue graphique et littéraire. Presque tous les textes commencent par "J’aimerais". "J’aimerais ne pas prêter attention à ma personne et, si je pensais à moi, aussitôt me dire : "Ne connais-tu pas de sujet plus intéressant ?" Ou encore : " J’aimerais que quelque chose soit tout à coup annulé, sans que personne ne sache pourquoi..."

Mais aussi, petite variante : " Je veux bien sauver le monde s’il le faut.

Si quelqu’un me demandait :

- Peux-tu sauver le monde ?

- Quand ?

- Maintenant.

- Maintenant ?

- Oui, tout de suite. Il n’y a pas une seconde à perdre !

Alors, je n’hésiterais pas un instant et je le sauverais,

avant même d’avoir pu demander comment.

Car le temps presserait.

Je peux juste espérer que ce ne serait pas compliqué.

Sinon, je ne réussirais pas et le monde serait perdu."



"Sous la robe des saisons", Philippe Mathy, Éd. L’Herbe qui tremble, 143 pp., env., 16 €.

"J’aimerais", textes de Toon Tellegen, portraits d’Ingrid Godon, traduit du néerlandais par Maurice Lomré, Éd. La Joie de Lire, coll. Hors norme, 108 pp., env. 29,90 €.