Livres - BD

BANDES DESSINÉES

Rapaces, IV

Dargaud, 56 pp. en couleurs, env. 12,60 €

Pour l'avoir déjà souvent écrit, écrirons-nous encore qu'Enrico Marini («L'Etoile du désert», «Gipsy», «Le Scorpion») est un virtuose du dessin, et Jean Dufaux («Jessica Blandy», «Complainte des landes perdues», «Murena», etc.), un orfèvre de scénarios sang pour sang fantasmatiques? La maestria des coauteurs de «Rapaces» ne peut qu'éblouir, qu'étourdir le lecteur de ce quatrième et dernier acte d'une tragédie fantastique. Tragédie dont émergent ses antihéros, Aznar Akéba et Vicky Leonore, de la «génération montante des Rapaces» ; Aznar et Vicky dont les regrets resteront à jamais Drago et Camilla, frère et soeur de la race des saigneurs. Tout étant ici démesure, transgression, il fallait un talent hors normes pour imaginer, puis représenter, une telle odyssée en Cauchemardie. Tel est celui de Marini et Dufaux. (Fr.M.)

ALBUM

Histoire illustrée de Belgique

(tome 3: «Le Royaume de Belgique»)

Ed. Racine, 127 pp. ill. en couleurs, env. 29,95 €

Après «Le Peuple belge» (Des origines au XVe iècle) et «L'État belge» (Du XVe au XVIIIe iècle), paraît le dernier volume de la splendide réédition de l'Histoire de Belgique (cf. «Lire» du 30/1/2003) écrite par le Pr Schoonjans (des Facultés St-Louis, à Bruxelles) et illustrée par Jean-Léon Huens (Melsbroeck, 1921 - Benissa, 1982) sous forme de 534 tableaux miniatures. Pour rappel, l'ouvrage - qui s'appelait «Nos Gloires» - fit l'objet de six albums édités par Historia entre 1949 et 1961. Dans ce tome 3 figurent principalement (pp. 37 à 125) des illustrations dues au très talentueux continuateur des travaux de J.-L. Huens, Auguste Vanderkelen (1915-1991). Félicitera- t-on assez les éditions Racine d'avoir enfin ressuscité cette «Histoire» qui mérite une place de choix dans toute bibliothèque? À trois mois des sacro-saintes Fêtes, notez déjà cette oeuvre sur votre liste des livres-cadeaux. (Fr.M.)

ROMAN

Des Filles invincibles

Editions du Cerisier (20 rue du Cerisier,7033 Cuesmes), 229 pp., env. 10,50 €

Auteur des «Trous de la rue Lartoil» (qu'édita Julliard et qui obtint le Grand Prix de l'Humour noir Xavier Forneret 1990) et des chroniques de «L'Indicateur des Chemins de Fer» (Cerisier, 2001) - sur la Société nationale du Train Train -, Pascal Samain publie un roman sous-titré «contes berbelges», qu'agrémentent des illustrations tirées d'une édition de 1706 des «Contes des Mille et Une Nuits». Roman où Samain utilise (comme précisé p.9) des mots et phrases écrits dans la langue berbère des Chleus de l'Anti-Atlas Marocain, et qui a pour protagoniste un Djinn qui cherche à démêler l'écheveau des liens qui l'attachent à Fatima. Elle qui vit à Bruxelles, dans le quartier des Étangs Noirs, mais qui n'est pas née «dans cette terne Belgique où elle avait cependant échoué». Un Djinn dont l'on ignore les origines (lui-même ignorant les siennes), voyageur/vagabond qui va de village en village et d'oasis en oasis, «à la recherche d'une personne qui serait prête à écouter ses histoires». Parmi ces histoires, on découvre celles de la friandise magique, de la grande mer des Lubies, de la fille inaccessible, ou de la Houri rebelle (les houris étant ces créatures éternellement vierges mais qui, pourtant, «font l'amour à n'en plus finir» aux Élus, au Paradis...). Avec une santé d'expression réjouissante, Pascal Samain - qui accorde les pleins pouvoirs à l'imagination, et donc à la poésie - évoque particulièrement la condition féminine à travers l'emblématique Fatima, ici saisie en ses différentes saisons. Fatima qu'on voit tantôt subir des épreuves (ainsi, son père la fouette-t-elle avant de la séquestrer jusqu'à son mariage, après que, par jalousie, sa mère eut porté sur elle d'infâmes accusations) et tantôt en infliger, notamment lorsqu'elle est entourée par une tribu de femmes/guérrillères. Un roman qui sort du ronron, par sa liberté de ton autant que par son humour, sa fantaisie, et son inventivité, y compris typographique. Les contes (à clefs) qu'égrène ce Djinn (qui est «le rêve d'un rêveur») feraient merveille à la scène: à bon entendeur... Un livre que son auteur veut aussi comme une dédicace, puisque «grâce à l'immigration, la Belgique et la France sont de nos jours les deux plus grands pays berbères d'Europe.» (Fr.M.)

REVUE

Books from Finland

Finnish Literature Society, P.O. Box 259, FIN-00171 Helsinki, Finland. Infos: tél./fax. (+3589)135.79.42; booksfromfinland@finlit.fi; site www.finlit.li/booksfromfinland

Nous nous souvenons de l'exemplaire effort d'information culturelle accompli par la Finlande pour préparer l'avènement de l'an 2000. Les journalistes invités à Helsinki avaient été immergés dans une culture multiforme dont la richesse devait être désormais prise en compte par le reste de l'Europe. Le pays du Kalevala se révélait aussi, notamment, par l'intérêt de ses publications. Les traductions françaises des poètes et romanciers les plus significatifs nous étaient renseignées ou transmises par «Livres de Finlande». Aujourd'hui, «Books of Finland» continue sur la même lancée. Cette revue trimestrielle, publiée par la Finnish Literature Society, nous renseigne sur tout ce qui fait la vie culturelle du pays de Sibelius. Textes, portraits, interviews d'auteurs contemporains, avec traductions (anglaises, bien sûr, mais en signalant d'autres langues, dont la nôtre), études sur les classiques et leurs rééditions, commentaires et débats sur architecture, design, peinture, photographie, musique, histoire, folklore. Et de fascinantes illustrations. Le plus récent numéro 2003 est axé notamment sur la critique et la traduction. Vraies questions posées au poète Väinö Kirstina, ou à Jean-Luc Moreau, professeur de langues finno-ougriennes aux «Langues O», à Paris.«Books of Finland»: bel outil pour la connaissance actuelle d'un pays plus que jamais effervescent, créateur et communicateur. (L.N.)

© La Libre Belgique 2003