Livres - BD

ROMANS

Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse

Albin Michel, traduit de l'américain par Isabelle Reinharez, 534 pp., env. 23 €

En Louise Erdrich, Philip Roth («La Tache») voit «l'un des écrivains américains les plus importants», la presse d'outre-Atlantique comparant même l'auteure de» l'Épouse antilope» à Faulkner ou à Garcia Màrquez: excusez du peu. Du volumineux roman qu'est «Dernier rapport...», l'action commence dans une réserve indienne du Dakota du Nord où un prêtre, centenaire, passa toute sa vie sacerdotale depuis qu'il quitta sa «confortable» paroisse de Chicago pour aller convertir les Indiens. Vie qui fera de ce missionnaire le témoin de «nombreux événements ordinaires et extraordinaires» : ceux que, depuis 1912, le père Damien Modeste relate à Rome sous forme de rapports qu'il adresse aux papes qui s'y sont succédé, de Pie X (mort en 1914) à Jean-Paul II. Des souverains pontifes qui ne lui en accuseront jamais réception, pas plus qu'ils ne lui enverront de photo dédicacée en guise de signe de vie. Jusqu'à un jour de 1996 où un émissaire du Vatican est enfin dépêché dans ce «trou perdu». Mais le père Damien hésite alors à parler, à se «dévoiler», lui qui, pourtant, venait d'écrire au Pape: «En fait, j'ai tu l'identité d'un assassin, un secret, une angoisse dont je sens encore le goût.» On s'interdit de déflorer davantage de l'intrigue d'un roman aux personnages parfois presque bernanosiens, à tout le moins «hors mesures» (cf. le chapitre «Femme nue jouant Chopin», qui a des accents proprement fantastiques). Peinture d'une «souffrance phénoménale», d'une dissimulation, un roman trouble et burlesque, empreint de compassion, d'émotion, d'audace. De magie aussi, est-on tenté de dire sans malice.

Trauma

Gallimard, collection «L'Infini», 136 pp., env. 10,50 €

Un (premier) roman - d'à peine une cent-vingtaine de petites pages - dont la narratrice a subi un viol. Selon son auteure, «Trauma» est «l'histoire d'un choc. C'est l'organisation d'une vie pour la survie.» Écrit dans une langue dépouillée (à la Bataille, à la Duras), un récit accablant, écoeurant (quoi de plus abominable que le viol, dont l'on ne cicatrise moralement jamais?), où une femme, meurtrie dans sa chair et son âme («Il me semble que je suis à la portée de n'importe qui.»), rumine sa rage et son malheur. Femme qui, pour se venger des mâles (du Mal), les manipulera, les consommera, pour accentuer sa haine («J'aimerais masturber chaque jour un homme différent. (...) A mon tour, je prends sans rendre. (...) J'enlève. Je prélève. Je ne partage pas. Je ne pense qu'à moi. Je n'en retire aucun plaisir. Aucune fierté.»). Un livre terrible et tranchant, qui rendrait l'homme honteux d'être homme parce que les violeurs sont des hommes, quasi exclusivement. Honteux se sentira-t-il, de même, à la lecture du martyre d'une jeune Vietnamienne, «torturée à loisir» par des soudards de l'armée française pendant la guerre d'Indochine, dans «Jean-Pôl et la môme caoutchouc», roman que Franca Maï publie au Cherche-Midi (120 pp., env. 11 €), qu'«adoucit» à peine l'amour qu'y manifeste Jean-Pôl pour une captive brisée sous les ordres d'un colonel immonde.

Un texte déchirant, bouleversant, qui nous a remis en mémoire l'atroce «Djamila Boupacha» de Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi, document paru en 1962, qui décrivait l'enfer subi par une jeune Algérienne livrée à la soldatesque.

CLASSIQUES

Écrits érotiques

Actes Sud/ Thesaurus, 380 pp., env. 25 €

Actes Sud a une collection, «Thesaurus», dans laquelle ont paru notamment les oeuvres romanesques de Paul Auster, les principaux essais de Nina Berberova, et «Discours sur l'Histoire universelle» d'Ibn Khaldun. Après les «Métamorphoses» d'Ovide, en 2001, Danièle Robert y fait entrer aujourd'hui quatre poèmes relatifs à l'amour du même poète latin: «Amours», «Soins du visage féminin», «L'Art d'aimer», «Remèdes à l'amour». Ce recueil publié sous le titre moderne d'«Écrits érotiques» présente l'avantage de comporter le texte latin, outre la traduction et les notes de Mme Robert. Celle- ci attire l'attention sur la passion d'Ovide d'explorer toutes les ressources de la langue, une passion qui le rend profondément moderne, observe-t-elle.

HUMOUR

Facéties et bons mots

Anatolia/ Ed. du Rocher, 242 pp., env. 20 €

«Je ne veux être lu que par des esprits gais et bon vivants », disait le Pogge (de l'italien Poggio), qui termina sa vie comme chancelier de la république de Florence (1380-1459). Il recueillit dans ce but, pendant quatorze ans, 273 facéties qui n'épargnaient personne, même pas le Pape. Comme genre littéraire, la facétie est de l'ordre du langage (c'est le bon mot) ou de l'acte (c'est le bon tour). Les «Facéties» du Pogge, traduites du latin en diverses langues, ont connu une diffusion énorme, tout en scandalisant par leur liberté un esprit comme Erasme.

Au choix qu'il nous en présente, Etienne Wolff a ajouté 88 «Mots et facéties» du curé Arlotto, que sa petite paroisse rurale, près de Fiesole, n'empêcha ni de beaucoup voyager, ni de fréquenter des prélats et des princes. Jouant volontiers au redresseur de torts, il était l'acteur inventif et rusé de ses blagues. Un double miroir d'une Florence du XVe siècle qui aimait rire des travers de tous et de l'inépuisable guerre des sexes.

BIOGRAPHIE

Sur un air de Piaf

Payot, 335 pp., env. 18 €

Par un biographe de Eva Peron, de Maria Callas et de Romy Schneider, une évocation de la vie de la chanteuse de «L'Hymne à l'amour», qui s'éteignit à 47 ans, le 11 octobre 1963, le jour même de la mort de Jean Cocteau.

© La Libre Belgique 2003