Livres - BD

HISTOIRE

Lorsque la nature parlait aux Égyptiens

Philippe Rey, 159 pp., env.17 €

Le système de pensée et les mythes des Égyptiens antiques témoignent d'une attention particulière portée à la nature. Aridité du désert, pauvreté du sol, importance du fleuve et de son cycle... : autant de données qui ont inspiré aux sujets de Pharaon ce monde merveilleux, «symboliquement scientifique», auquel nous introduit le conservateur général honoraire du département des Antiquités égyptiennes au musée du Louvre.

«Le message universel de la civilisation édifiée par l'Egypte réside dans le respect de l'ordre du monde et des forces qui le régissent», résume Christiane Desroches Noblecourt. Parmi de nombreux exemples, son analyse s'applique notamment au dallage irrégulier dans les temples, voulu pour évoquer la surface de la terre craquelée par la sécheresse, bien après les récoltes et dans l'attente d'une nouvelle inondation. Les Romains hériteront de ce mode et, à leur suite, les bâtisseurs de certaines de nos églises dont l' opus incertum couvre le sol.

ART

La passion de l'art

Gallimard, 190 pp.

Les amateurs connaissent la superbe Fondation Beyeler que le marchand suisse a ouverte dans les faubourgs de Bâle, à Riehen, il y a une demi-douzaine d'années. Un lieu exceptionnel tant par son concept architectural, dû à Renzo Piano, que par le lot de chefs-d'oeuvre - des primitifs d'Afrique à Picasso - qu'il recèle en permanence, sans compter les expositions temporaires prestigieuses. Marchand d'art depuis 1945, Ernst Beyeler est un témoin d'exception lorsqu'il s'agit d'évoquer une passion mais aussi un regard professionnel sur les développements de la création des soixante dernières années. Menés par Christophe Mory, ces entretiens avec Beyeler sont les récits passionnants d'un homme ouvert sur le monde non seulement de la création, mais aussi sur le monde tout court, ses obligations commerciales avouant les paradoxes qu'on imagine. Anecdotes et vérités: voici la rencontre d'un tempérament qui s'est bâti à l'abri des écoles et des doctrines. Un témoignage éclairant.

ROMAN

Un été si court

Calmann-Lévy, traduit de l'anglais par Alain Gnaedig, 402 pp., env. 20,80 €

«Le roman d'un poète» a écrit «The Observer» au lendemain de la parution de «That Summer», en 2000. Qui s'en étonnerait? L'auteur écossais de ce déchirant roman a d'abord publié quelques plaquettes; l'une d'elles («A Flame in Your Heart», écrite avec Kathleen Jamie, publiée en 1986) est même à la source de cet «Eté si court». Un roman qui retrace le destin d'un jeune pilote de chasse et d'une opératrice de radar. De Len et Stella, entre juin et octobre 40 fleurira leur amour, sur fond de Bataille d'Angleterre, quand «chaque instant» était vécu «comme s'il était le dernier». Une oeuvre d'une rare justesse de ton: «Mon Dieu, quand la guerre sera finie, nous voudrons qu'il ne se passe rien. Nous n'en parlerons pas à nos enfants, nous tenterons de leur donner le luxe de l'ennui, de rendre leur existence si sûre et si solide qu'ils se rebelleront sans doute, ou inventeront quelque chose. Mais pas la guerre, s'il vous plaît, pas la guerre.» Si vous lisez les dernières pages sans larmes aux yeux: consultez. Ou vérifiez si votre coeur n'a pas glissé sous l'armoire: on ne sait jamais.

De l'impertinence de procréer

Pas et Penninck Diffusion, 430 pp. env. 24 euros (tél.: 02.772.20.43)

Maintenant que, de Paris jusqu'à Bruxelles, se sont éteints les phares braqués en 2003 sur Raymond Queneau et sur André Blavier, un livre reste là, comme échoué sur la plage des mots. Son auteur (dont le pseudonyme entre en connivence avec le Théophile de Viau du XVIIe siècle, le poète délicat aux parfums de soufre) a été lauréat de la Fondation de la Vocation pour le projet de cet ouvrage. Un livre qui ne rigole pas, même s'il est drôle et inventif, fabriqué avec le sentiment du tragique toujours recommencé de la condition humaine et la constante présence d'une fatalité, celle de la souffrance, physique, psychique, spirituelle, conjointe à une démentielle recherche de sens, au travers des grands mythes. Pour l'auteur, il est temps d'arrêter les frais! En d'autres termes: arrêter d'embarquer de nouvelles victimes humaines dans le temps et l'espace. Résister à l'appel femelle de la gravité universelle. L'auteur interroge les philosophes, les poètes de partout. «On ne donne pas la vie à un enfant, on la lui inflige.» Voilà ce que dit en substance Théophile de Giraud, sur tous les tons et en des pages panachées des caractères les plus divers, des illustrations les plus inattendues. On comprend André Blavier qui a voulu inscrire ce jeune auteur parmi les «Fous littéraires», dans son ouvrage de référence, réédité en 2000 aux Cendres, à Paris.

THRILLER

Maroc

Belfond, traduit de l'anglais par Bernard Gilles, 368 pp., env.18,90 €

De l'orientaliste romancier irlandais Daniel Easterman (Belfast, 1949), plusieurs thrillers ont assuré la réputation, du «Nom de la Bête» à «K». L'action de «Maroc» commence à Oxford, au printemps 2002; un policier qui s'est reconverti dans l'édition s'inquiète d'être sans nouvelles de son ex-épouse. Qu'on retrouvera morte à Deauville, avec, près d'elle, des documents qui remontent au temps de Vichy. L'occasion pour l'auteur du «Septième sanctuaire» d'entraîner son lecteur dans la Marrakech de 1942 (le Maroc était alors protectorat français), évoquant une époque dont sans cesse les démons renaissent de leurs cendres.

© La Libre Belgique 2004