Livres - BD

ESSAI

C'était Marguerite Duras

(tome 1: 1914-1945)

Fayard, 704 pp., env. 27 €

Quelques semaines après son «Marguerite Duras» («La vie comme un roman»), album illustré édité par Textuel (cf. «Lire» du 31 mars 2006), Jean Vallier livre le premier des deux tomes de «C'était Marguerite Duras». Il va de 1914 - année de la naissance de Marguerite Donnadieu, le 4 avril - à 1945, celle du retour de captivité de son mari, Robert Antelme, déporté à Dachau; deux ans plus tôt, sous le pseudonyme de Marguerite Duras, elle avait publié chez Plon son premier roman, «Les impudents», dont, apprend-on p.624, le manuscrit a disparu. Une biographie critique (critique, aussi, à propos de celle que Laure Adler publia chez Gallimard en 1998; quant aux six ouvrages qu'Alain Vircondelet a consacrés à Duras depuis 1972, ils ne sont même pas mentionnés...) pour laquelle l'ancien directeur du French Institute - Alliance française à New York, qui entretint des relations amicales avec M.D. à partir de 1969 - a eu accès à des archives, procédé à des repérages et mené des entretiens pour nourrir son étude fleuve sur l'un des écrivains contemporains majeurs. Ce volume «contredit en partie - et quelquefois de manière radicale - les assertions de l'auteur elle-même et, partant, celles de ses biographes et exégètes qui ont trop souvent fait confiance à des données autobiographiques, revues et corrigées par la mémoire ou la pulsion créatrice du sujet». Une enquête qui contient des pages parfois troublantes sur les années de guerre; il est vrai qu'à l'exception de «La Douleur» en 1985 (et dans l'attente de ses «Cahiers de la guerre et autres textes» à paraître en octobre aux Editions POL-IMEC), M.D. «a très peu parlé des premières années de l'Occupation». Cependant, Jean Vallier n'entend pas «démonter le mythe» Duras: «A-t-elle jamais revendiqué la moindre exactitude en ce qui concerne la géographie imaginaire dans laquelle baigne une grande partie de son oeuvre? La vérité de tous ces lieux réinventés est ailleurs, au plus profond de la création, au plus profond du travail de l'écrivain. L'Asie des moussons tout entière est son pays natal, son domaine inaliénable, son territoire d'écriture. Le reste est l'affaire des biographes, affaire de détail».

RÉCIT

La vie de la Vierge Marie

Presses de la Renaissance, 452 pp., env. 24 €

Texte intégral, traduit et présenté par Joachim Bouflet, biographe d'Anne-Catherine Emmerick et traducteur de sa «Passion» (qui suscita la controverse dès sa fracassante parution en 1833) aux Presses de la Renaissance. La traduction d'Edmond de Cazalès, en 1854, avait privé le récit de plus d'un quart de son contenu initial, notamment «tout ce qui de près ou de loin fleurait quelque peu la Kabbale». On sait que les visions de A.-C. Emmerick (religieuse stigmatisée, née le 8 septembre 1774, morte en Westphalie le 9 février 1824, béatifiée le 3 octobre 2004) furent retranscrites par le poète romantique Clemens Brentano (Ehrenbreitstein, 9 septembre 1778 - Aschaffenburg, 28 juillet 1842). «La Vie de la Vierge Marie» parut en 1852; à cette édition-là, Joachim Bouflet, historien des mentalités religieuses, a ici ajouté deux inédits: «Le Recouvrement de Jésus au Temple» et «La Pentecôte», ainsi que «Les Noces de Cana».

MUSIQUE

Mozart et ses masques

Omnibus, 556 pp., env. 23 €

On ne compte plus les ouvrages publiés, ces mois-ci, pour commémorer le 250 éme anniversaire (27 janvier) de la naissance de Mozart à Salzbourg. S'y ajoutent, d'une part, l'album «Mozart», «petit traité de musicologie pour tous» édité par Chronique, dû à Max Becker et Stefan Schickhaus, qui contient un CD d'extraits d'oeuvres par des artistes de premier plan (Dieter Fischer-Diskau, par exemple); d'autre part, choisis et présentés par Anne Rey, «Mozart et ses masques» réunit des textes inspirés par le divin compositeur de «La Flûte enchantée». On y retrouve, notamment, «Vie de Mozart» de Stendhal (1817); «Mozart, l'homme» d'Alfred Einstein; «Le voyage de Mozart à Prague» d'Eduard Mörike; «Don Juan» de E.T.A. Hoffmann; la préface de «Mozart et Amadeus», pièce d'Anthony Burgess; et l'inclassable «Le Dieu Mozart et le monde des oiseaux» du jules-vernien Marcel Moré (1887-1969), paru chez Gallimard en 1971.

© La Libre Belgique 2006