Livres - BD

ROMAN

Le coeur cousu

Carole Martinez

Gallimard, 432 pp., env. 23 €

Tiendrait-on - déjà - la lauréate du Fémina ou du Goncourt qui seront décernés en novembre prochain ? Il n'est pas interdit de l'imaginer à la lecture du premier roman de Carole Martinez (née en 1966, aux racines espagnoles) qui fut hier comédienne et qui enseigne aujourd'hui le français à Issy-les-Moulineaux. Pour son "Coeur cousu", parrainé par Jean-Marie Laclavetine chez Gallimard, elle vient d'obtenir coup sur coup le prix Ouest-France - Etonnants voyageurs (décerné en mai par un jury formé de dix 15 à 20 ans) et en juin le prix Emmanuel-Roblès qui perpétue la mémoire de l'auteur de "Cela s'appelle l'aurore" dont Buñuel tira un film. Ces distinctions cumulées, qui saluent la voix d'une nouvelle venue, font penser aux éclatants débuts de Sylvie Germain, il y a une vingtaine d'années (à quand, pour celle-ci, l'Académie française ?). Roman lyrique, flamboyant, écrit dans une encre d'entre sang et vin noir, "Le coeur cousu", que narre Soledad, conte le destin de sa mère, Frasquita Carasco, personnage haut en couleur, tantôt guérisseuse et tantôt un rien sorcière. Jouée et perdue lors d'un combat de... coqs par son mari, elle se voit condamnée à l'exil, à l'errance avec ses jeunes enfants sur les chemins de l'Andalousie de la fin du XIXe, qu'incendient et qu'ensanglantent des révoltes paysannes. Carole Martinez use d'une écriture sensuelle et puissante pour tracer le portrait d'une femme qui, entre autres dons, a celui de métamorphoser les tissus les plus ternes en robes de rêve qui enchantent le regard. Un roman allégorique et féministe, porté par une voix de braise; citons-en, pour l'illustrer, sa page 378 : "Depuis le premier soir et le premier matin, depuis la Genèse et le début des livres, le masculin couche avec l'Histoire. Mais il est d'autres récits. Des récits souterrains, transmis dans le secret des femmes, des contes enfouis dans l'oreille des filles, sucés avec le lait, des paroles bues aux lèvres des mères. Rien n'est plus fascinant que cette magie apprise avec le sang, apprise avec les règles". Et, à la page suivante : "Les douleurs muettes de nos mères leur ont bâillonné le coeur. Leurs plaintes sont passées dans les soupes : larmes de lait, de sang, larmes épicées, saveurs salées, sucrées. Onctueuses larmes au palais des hommes ! Par-delà le monde restreint de leur foyer, les femmes en ont surpris un autre. Les petites portes des fourneaux, les bassines de bois, les trous des puits, les vieux citrons se sont ouverts sur un univers fabuleux qu'elles seules ont exploré. Opposant à la réalité une résistance têtue, nos mères ont fini par courber la surface du monde du fond de leur cuisine. Ce qui n'a jamais été écrit est féminin".

ESSAI

Jack l'Eventreur démasqué

Sophie Herfort

Tallandier (2, rue Rotrou, 75006 Paris), 304 pp., env. 19,90 €

Si vous pensiez qu'après le retentissant "Jack l'Eventreur, affaire classée" de Patricia Cornwell (Editions des Deux Terres, 2003) - où la romancière affirme qu'il s'agit du peintre impressionniste Walter Sickert -, tout était dit sur l'abominable assassin de prostituées des bas-fonds de Londres, dans les rues tortueuses de l'East End, entre août et novembre 1888, détrompez-vous. Professeur de français langue étrangère pour l'Alliance française, licenciée de philosophie, diplômée d'études d'arts approfondies, formée à la psychopédagogie et à la neuropsychiatrie, Sophie Herfort est fascinée, depuis quelque vingt ans, par ce dossier criminel jamais refermé, avouant que cette affaire a carrément influencé sa vie. Dans cette étude captivante, fruit de pénétrantes recherches, Sophie Herfort suggère que, sous le masque de l'Eventreur (auquel on prêta tant d'identités, depuis un héritier du trône d'Angleterre jusqu'à... Conan Doyle lui-même !), "se dissimule un des hommes les moins soupçonnables de la haute société britannique". A savoir l'inspecteur de police Melville Leslie Macnaghten...

BIOGRAPHIE

Dalida... une vie

Jacques Pessis

Editions Chronique (Groupe Dargaud, BP 34, 24752 Trelissac), 216 pp. illustrées en noir et blanc et en couleurs, env. 29,90 €

La récente commémoration du 20e anniversaire de la disparition de Dalida (à Montmartre, le 3 mai 1987) et la tenue de l'exposition que lui consacre la Mairie de Paris jusqu'au 8 septembre ont multiplié les ouvrages inspirés par la vie (orageuse) et la carrière (phénoménale) de la chanteuse passionnément admirée, aux plus de 120 millions de disques vendus. Commissaire général de ladite exposition, Jacques Pessis - récent biographe de Raymond Leblanc, fondateur du journal "Tintin" et des Editions du Lombard - nous offre un bel album qui, par l'image et le texte, ressuscite l'irremplaçable interprète de "Bambino" et de "Gigi l'amoroso" mais aussi d'"Il venait d'avoir dix-huit ans" et d'"Avec le temps". Un recueil que s'offriront sur-le-champ les inconditionnels de Dalida, née Yolanda Gigliotti, le 17 janvier 1933, à Choubrah, l'un des faubourgs du Caire. Recommandons aussi "Dalida, une vie brûlée" de Bernard Pascuito (L'Archipel, 230 pp., env. 17,95 €) et "Dalida", l'album de photos écrit par Henry-Jean Servat (Albin Michel, 144 pp., illustrées, env. 26 €).