Livres - BD

Essai

Portraits de femmes

Philippe Sollers pourrait faire sien le mot fameux de Sacha Guitry à propos des femmes : "C’est un sujet sur lequel j’aime m’étendre". Elles sont, en effet, au cœur de bien de ses livres depuis un demi-siècle; publié en 1983, "Femmes" est d’ailleurs le titre du plus connu d’entre eux. Dans ces "Portraits"-ci, l’influent auteur de "La Guerre du Goût" en célèbre trois qui lui sont particulièrement chères : la trentenaire Eugenia de ses 15 ans; la lumineuse Dominique Rolin, naguère disparue, à qui sont consacrées nombre de pages émouvantes; et son érudite épouse Julia Kristeva. Ainsi que, brièvement, la comédienne Glenn Close ou la "merveilleuse et géniale" cantatrice Cecilia Bartoli. Avec quelques coups de griffes : à Marguerite Duras, notamment. D’un musicien dans l’âme, un texte d’amour, fondamentalement, où cet impénitent Casanova, qui se flatte d’avoir eu des collectionneuses, se définit pp. 81-82 : "Vos atouts sont la gratuité, le détachement, l’ironie, l’athéisme sexuel radical." Au passage, il n’oublie pas de qualifier de "très bon livre" "Un homme dans la poche", un roman d’Aurélie Filippetti, l’actuelle jeune ministre française de la Culture En revanche, Sollers néglige [?] de rendre à César ce qui appartient à César dans l’incipit de l’ouvrage : "On ne naît pas homme, on le devient, la plupart du temps à ses dépens", phrase dont les huits premiers mots sont d’Erasme dans "L’Eloge de la folie"; point n’est besoin de rappeler qu’aussi s’en servit Simone de Beauvoir pour forger un "On ne naît pas femme, on le devient" que tant de lectrices et lecteurs continuent d’attribuer à son imagination.

Page 21, parlant de sa tante Laure, l’auteur de "Passion fixe" se souvient qu’elle possédait, dans sa chambre, "un crucifix en ivoire, réputé, je ne sais pourquoi, janséniste ". Probablement parce que le Christ y avait le visage dirigé vers le ciel et les bras cloués vers le haut et non étendus à l’horizontale comme dans le crucifix traditionnel.(Fr.M.)

Philippe Sollers, Flammarion, 160 pp., env. 15 €; en librairie le 9 janvier

Roman

Eva - Evita. Pour l’amour du Diable

Romancier, biographe, distingué choniqueur à la télévision des têtes couronnées, mais également scénariste de bandes dessinées, le raffiné Patrick Weber nous offre un roman historique librement inspiré du destin de "deux femmes qui, chacune à leur manière, ont aimé passionnément le Diable." Elles n’y tiennent pourtant qu’un rôle indirect dans l’action aux haletants rebondissements. Si Eva Braun, maîtresse [?] de Hitler pendant quatorze ans (ils ne se marièrent que quelques heures avant leur suicide à la fin d’avril 1945), et Eva Perón (1919-1952), l’iconique épouse de l’ex-dictateur argentin, ne s’y croisent pas, les protagonistes de cette fiction conçue par un conteur bien documenté - sur l’époque survolée ainsi que sur les décors - nous entraînent du Berlin d’avant et de pendant la Guerre à l’Argentine des années 45-47, disposée à accueillir des vaincus en provenance d’Allemagne et d’Italie, principalement. Un mélodrame en forme d’orageux périple, adroitement construit, dont l’on se gardera de livrer la clé : comprenne qui lira. (Fr.M.)

Patrick Weber, Avant-Propos (5, avenue de Diane, 1410 Waterloo), 302 pp., env. 18,95 €