Livres - BD

La «transgression» de Georges Bataille

Les (sulfureux) romans et récits de Georges Bataille viennent d'entrer dans la Bibliothèque de la Pléiade (cf. «Lire» du 26 novembre). Mathieu Lindon y consacre sa chronique hebdomadaire «Comment ça s'écrit»: « Mais que veux dire tuer Dieu s'il n'existe pas, tuer Dieu qui n'existe pas?, a écrit Michel Foucault dans un texte qui annonce la Volonté de savoir et son Histoire de la sexualité et qui est paru en 1963 dans le numéro de la revue Critique d'hommage à Bataille. Jean-François Louette, dans son Introduction au volume de la Pléiade, s'intéresse à la production de sacré par l'écrivain soi-même, de sorte que la fameuse transgression que recèlent ses textes n'est certes pas tributaire de la simple croyance mystique du lecteur. Le lecteur qui ne veut rien avoir à faire ni avec le sacré ni avec l'interdit ne peut cependant ignorer qu'il mourra un jour, écrit-il. Les romans et récits de Bataille sont d'une densité qu'on n'attribue généralement pas aux textes érotiques, d'où leur lourdeur qui est un phénomène physique. Ils ont une intensité qui est hors du commun par quoi, paradoxalement, ils offrent un argument à leurs détracteurs, de même qu'on disqualifie parfois Sade en le prétendant ennuyeux.»

in «Libération», jeudi 2 décembre 2004.

Les «nègres» sortent de l'ombre

Hubert Prolongeau, dans «Le Nouvel Observateur», publie un reportage sur un sujet toujours «délicat»: les nègres de la littérature, terme par lequel on désigne ceux qui rédigent les ouvrages signés par d'autres. Si, pour les documents, ils ont «presque pignon sur rue», pour les romans, ils restent bien cachés. «Si Claude Klotz (ndlr: alias Patrick Cauvin) a écrit Un sac de billes de Joseph Joffo, l'ancien coiffeur est aujourd'hui, malgré un réel travail de réécriture, seul auteur de ses textes. Ceux qui juraient il y a trente ans que Papillon était l'oeuvre d'Henri Charrière évoquent maintenant en souriant le patient travail de Max Gallo sur ce livre. Lequel Max Gallo a désormais son nom plus gros que celui de l' auteur Martin Gray sur les rééditions d' Au nom de tous les miens, fameux succès des années 1970, à l'époque signé du seul Gray (...) Etre nègre m'a permis de gagner ma vie, entre 300.000 et 400 000 francs ( ndlr: français) par an, raconte Patrick Rambaud (ndlr: prix Goncourt pour «La Bataille»)

in «Le Nouvel Observateur» n° 2091,

du 2 au 8 décembre 2004.

© La Libre Belgique 2004