Livres - BD

La BD, genre méconnu voire méprisé

L'éditeur américain Marvel a légué une collection unique de «comics» des années 50 à 70 au Centre de la BD d'Angoulême, soit un trésor de quelque 278000 aventures de Captain America, Spiderman, Hulk... «Alors Angoulême va-t-elle devenir la destination à la mode pour thésards de tous poils, qu'ils sévissent en histoire de l'art, en sociologie, en sémiologie ou en littérature américaine? C'est loin d'être gagné. «J'adorerais passer trois ans là-dedans, mais personne ne me financera pour ça», soupire Ronan Lancelot, journaliste spécialisé. Il n'y a ni fac qui propose un réel enseignement de la BD, genre méconnu voire méprisé des mandarins, ni chercheur qui l'étudie à plein temps. Les étudiants qui s'y intéressent peinent à trouver des directeurs de recherche compétents: «Souvent, ils en savent plus sur le sujet que leur jury», regrette Thierry Groensteen, éditeur et ancien directeur du CNBDI. Et pour faire accepter un sujet, mieux vaut plancher sur Tintin et Milou que sur les comics. «Il paraît que nous sommes en pointe pour les études faulkneriennes... Mais très peu de gens étudient la BD anglo-saxonne», renchérit Jean-Paul Jennequin, auteur d'une Histoire du comic book. Alors, qui va s'intéresser à Captain America?»

in «Libération» du 14 décembre 2004.

In memoriam Jean-Jacques Brochier

Rédacteur en chef du «Magazine littéraire» pendant 35 ans (jusqu'au printemps 2003), Jean-Jacques Brochier est mort le 29 octobre, terrassé par le cancer à 66 ans. Il mettait la dernière main à un livre d'entretiens, à paraître prochainement. Essayiste - on lui doit notamment le premier livre consacré à Roger Vailland, paru chez Losfeld en 1969 -, il vouait un égal amour à la littérature et à la chasse. Son successeur Jean-Louis Hue, lui rend hommage: «Il avait le goût du mot juste et un profond respect du texte. L'idée qu'un article puisse être coupé le révulsait. Il refusait de comptabiliser les signes et donnait une large liberté aux auteurs. Cette confiance les rendait d'autant plus inspirés. Belle leçon de journalisme littéraire, à rebours des contraintes du formatage qui gangrènent peu à peu les rédactions. Immense lecteur (sa voracité était aussi prodigieuse que sa vitesse d'écriture), il lui arrivait de téléphoner à un éditeur pour signaler telle erreur dans un jeu d'épreuves».

«Le Magazine littéraire» n° 437, décembre 2004.

© La Libre Belgique 2004