Eric-Emmanuel Schmitt : "Pardonner, c'est aussi rechercher la paix pour soi"
- Publié le 28-08-2017 à 16h19

C'est sans doute dans le genre des nouvelles qu'Eric-Emmanuel Schmitt est le meilleur. La preuve par son nouveau livre, "La vengeance du pardon". "C'est mon genre préféré, dit-il. Des histoires qui ont besoin de fulgurances, d'une chute quand la dernière phrase révèle une vérité qui éclaire tout, une écriture à l'os. Il faut y mêler la concision du théâtre et l'épaisseur du temps du roman, les deux autres types d'écriture que je pratique. Il y a de splendides nouvelles chez Maupassant, Colette, Marcel Aymé, Simenon."
Quatre excellentes nouvelles dont on se gardera ici de révéler les surprises et les chutes, reliées par le thème du pardon : deux sœurs jumelles dont l'une en arrive à tuer l'autre après 80 ans de vies en miroir; la maman d'une fille assassinée par un tueur en série qui veut comprendre l'acte de cet homme; un ancien aviateur allemand qui a fait la guerre et est transfiguré par une petite fille et la lecture du "Petit Prince". Et la meilleure des quatre : un richissime banquier rattrapé par son passé quand il eut un enfant d'une "simplette" rencontrée à la montagne.
Qu'est-ce que le pardon ?
C'est restituer quelqu'un à son humanité, ne plus le réduire à un seul de ses actes. Mais si pardonner est très noble, cela peut être ambigu, c'est aussi rechercher la paix pour soi et, parfois, se donner le beau rôle. On dit qu'il est difficile de pardonner mais il peut être aussi difficile d'être pardonné.
Il y a aussi le remords et l'expiation des fautes : c'est très chrétien ?
Le vieil aviateur découvre le crime qu'il a fait et quand il y a mis un visage, il ne peut se pardonner. Le banquier doit expier en quelque sorte pour entrer dans la dimension de l'amour, c'est une assomption. Tout cela est assez chrétien, je l'avoue. Mais je veux ramener chaque histoire à la dimension d'une fable, que les choses soient à la fois singulières et universelles.
Vous avez vendu des millions de livres, qu'est-ce qui vous pousse encore à écrire ?
C'est toujours comme la première fois, la même inquiétude, la même émotion mais aussi le même appétit. J'ai chaque fois l'impression que je ne fais que commencer. Comme un pommier fait des pommes, il est vital pour moi de raconter, car ainsi le monde prend forme à mes yeux. J'écris pour découvrir ce que je pense, explorer la complexité de l'être humain. Je n'ai pas l'illusion d'un savoir-faire, mais j'aime le risque et c'est l'insatisfaction, le sentiment de n'être jamais rassuré, qui m'amène à me remettre en danger et me pousse toujours à écrire.
La vengeance du pardon Eric-Emmanuel Schmitt Albin Michel 336 pp., env. 21,50 €. En librairie le 1er septembre