Livres - BD

En Flandre, "Cow Boy Henk" est une star de papier dont le magazine "Humo" publie depuis trente ans les gags décalés, cosignés par Kamagurka et Herr Seele. "Cow Boy Henk" a aussi promené son improbable dégaine dans la revue "Raw" du New-Yorkais Art Spiegelman, mais aussi "Fluide Glacial", "Hara Kiri" ou "Psikopat" en France. Le personnage n’en reste pas moins méconnu du grand public francophone. Qui, pour l’occasion, perd une fameuse occasion de rire. Aussi conseille-t-on aux amateurs d’humour hors-piste de se procurer le recueil fraîchement (et joliment) édité par FRMK et d’aller jeter un œil à l’expo-vente de la galerie bruxelloise Champaka.

"Cow Boy Henk" est l’enfant d’un coup de foudre artistique entre Kamagurka (alias Luc Zeebroeck, Nieuport, 1956) et Herr Seele (alias Peter van Heirseele, Torhout, 1959). Habitué des pages de "Charlie Hebdo", du "New Yorker", de la "Süddeutsche Zeitung", le premier est à la fois dessinateur, peintre, homme de théâtre et de télévision. Le second est auteur de bande dessinée, plasticien, écrivain, comédien, présentateur, accordeur et collectionneur de pianos. Mon tout forme un duo délirant, uni par un goût commun pour le surréalisme. "Surtout le belge", précise Kamagurka. "La première fois que j’ai vu Herr Seele, à l’Académie de Gand, c’était un anachronisme vivant. Il portait des culottes Tintin et machônnait un bâton de réglisse. Alors je lui ai donné du feu", s’amuse l’auteur de "Bert et Bobbie". "On a commencé à parler et il m’a annoncé qu’il voulait devenir prêtre. Je lui ai dit : "mais Dieu n’existe pas". "Ah, c’est vrai ?" m’a-t-il répondu. "Alors je ne vais pas le faire. Je vais dire à mes parents que je veux devenir artiste". L’association était lancée sur de bonnes bases.

Kama lance "Cow Boy Henk", mais trop occupé par ailleurs, propose rapidement à Herr Seele de le dessiner. "Même s’il me prétendait qu’il ne savait pas dessiner", se souvient Kamagurka. Graphiquement, "Cow Boy Henk", c’est la rencontre entre les comics américains des années 30, la ligne claire et le pop Art. Le physique du personnage, pas plus que cow-boy que vous et moi est déjà tout un programme. Le torse musculeux est moulé dans un t-shirt blanc, comme celui de M. Propre. Le front est orné d’une houppe blonde qui ferait pâlir Tintin et Jerry Lee Lewis de jalousie. Répond, en écho graphique, à cette fantaisie capillaire, un menton à angle droit au bas d’un visage arborant un sourire de ravi de la crèche.

Le journal "Vooruit", puis son successeur, "De Morgen" seront les premiers à publier "Cow Boy Henk", à l’orée des années 80. "Le slogan du journal était "De Morgen ose". Alors on a osé. Ils nous ont viré quand on a fait une page - blanche - qui s’appelait "Cow Boy Henk et les aventures du néant", puis "Le néant devient plus petit", rappelle Kamagurka. "Heureusement, Guy Mortier nous a repris à Humo". Fameux pari, pour un hebdo grand public.

Car la question "Peut-on rire de tout ?" n’a pas de sens pour Kamagurka et Herr Seele. Le tandem a une prédilection pour l’humour scatologique et la pornographie potache - le priapisme de "Cow Boy Henk" est d’ailleurs un running gag. Et il s’amuse tout autant de l’agonie d’un vieil oncle que d’un rendez-vous chez le coiffeur. Le tout étant enrobé dans une naïveté graphique et narrative désarmante et trompeuse. "Il y a une volonté de subversion", reconnaît Kamagurka. "Mais la première chose qui compte, c’est que ce soit drôle". De l’humour crétin, oui, mais pratiqué avec le plus grand sérieux. "Et en même temps, le personnage de Cow Boy Henk est complètement innocent". Une sorte de cœur pur qui se désole de n’avoir pu sauver un poisson de la noyade. En préface du livre, on lit une citation attribuée à Umberto Eco : "Cowboy Henk, ce n’est pas toujours bien, mais quand c’est bien, c’est VRAIMENT bien". On ne sait pas si c’est réellement le grand écrivain italien qui l’a dit. Mais ce n’est pas faux.

Cow Boy Henk Kamagurka et Herr Seele FRMK 128 pp. en couleurs, env. 26 €

Expo-vente Cow Boy Henk : Galerie Champaka Jusqu’au 1er juin 27, rue Ernest Allard, 1000 Bruxelles. www.galeriechampaka.com