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L’écrivain français d’origine belge Félicien Marceau, mort mercredi à l’âge de 98 ans, était entré à l’Académie française en 1975. Il laisse une importante œuvre littéraire, riche de plus de quarante romans, essais et pièces de théâtre. Il était aussi un inégalable familier de l’œuvre de Balzac.

Fort d’un style tantôt acide, tantôt humoristique, le regard essentiellement tourné vers la quête de liberté de l’individu dans une société par nature oppressante, il était volontiers insolent, parfois provocateur mais toujours tendre et délicat.

Né le 16 septembre 1913 à Cortenberg, Félicien Marceau, de son vrai nom Louis Carette, fait ses études au collège de la Sainte-Trinité et à la faculté de droit de Louvain. Chroniqueur à la radio-télévision belge à partir de 1936 et jusqu’en 1942 - sous l’occupation allemande - il s’exile en France à partir de 1944.

Auteur de "Chasseneuil" (1948), "Chair et cuir", "Capri, petite île" (1951), ou encore "Bergère légère" (1953), son prix Goncourt pour "Creezy" en 1969 récompense un auteur déjà consacré par la critique et le lectorat français. Il publie aussi "Appelez-moi mademoiselle" (1984), "Un oiseau dans le ciel" (1989), "Le voyage de noces de Figaro" (1994).

Il est simultanément très apprécié comme dramaturge, notamment au théâtre de l’Atelier. "L’Œuf" (1956) - qui est inscrite au répertoire de la Comédie-Française -, "La Bonne soupe" (1958), "La preuve par quatre" (1963) ou encore "Un jour, j’ai rencontré la vérité" (1966) constituent d’indéniables succès populaires.

Apatride déchu de la nationalité belge, il est naturalisé Français en 1959, après que le général de Gaulle, peu soupçonnable de complaisance en la matière, ait pu s’assurer de l’inanité des accusations qui l’avaient fait condamner à quinze ans de prison à la Libération. Dans "Félicien Marceau" (La Table Ronde), l’étude majeure qu’il lui consacra en 1996, l’étincelant mais redoutable et redouté Pol Vandromme annonçait la couleur dès les premières lignes : "Finissons-en tout de suite, c’est la meilleure façon de commencer. Un paragraphe suffira pour ouvrir et fermer sur-le-champ la parenthèse controversée des années courtes. Félicien Marceau, qui s’appelait alors Louis Carette, n’a eu de biographie que pendant ces années-là. Encore fut-elle d’une irréprochable banalité. Fonctionnaire à la radio dès 1936, il reprit ses activités après l’exode de 1940 sur le conseil et la caution de son ministre de tutelle, il fallut l’acharnement de l’esprit de vindicte et l’affabulation légendaire de l’ignorance. Tout ce qui devait être dit là-dessus l’a été en appendice du livre de mémoires".

Il entre à l’Académie française le 27 novembre 1975 (au fauteuil de Marcel Achard, soit le 21e ). Chevalier de la Légion d’honneur, il avait notamment reçu le prix Interallié pour "Les Elans du cœur" (1955), le prix Goncourt pour "Creezy" (1969), le grand prix de la société des auteurs et compositeurs dramatiques (1975), le prix Jean Giono pour "La Terrasse de Lucrezia" (1993) et le prix Prince Pierre de Monaco (1974) pour l’ensemble de son œuvre, le prix Jacques Audiberti également pour l’ensemble de son œuvre (1994).

En janvier dernier a paru "Les Pacifiques" (éd. de Fallois), un inédit écrit en 1943, que les événements empêchèrent de paraître. Il avait alors quitté la radio (l’I.N.R.) l’année précédente, et déjà publié deux romans, "Cadavres exquis", réédité il y a peu, et "Le péché de complication", ainsi qu’un essai, "Naissance de Minerve", qui se terminait par un credo littéraire qui anticipait Roger Nimier et les "Hussards" : "Ce n’est pas déjà si simple de faire un roman. Ne compliquons pas encore les choses en demandant au romancier de donner une réponse aux questions du siècle. Le siècle n’a qu’à poser ses questions à ses chefs politiques, à ses philosophes, à ses prédicateurs".