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Si Elio Di Rupo ambitionne de devenir le Premier ministre francophone depuis 1973, ce n'est pas encore demain que la Belgique aura à sa tête une femme! Il est vrai que la première femme ministre, Marguerite De Riemaecker-Legot, ne fut nommée chez nous qu'en 1965. Et pourtant, comme partout ailleurs, la moitié de l'humanité joue un rôle de premier plan dans l'évolution sociétale de ce pays. L'égalité des sexes y est en bonne voie même si, par exemple, les mères de famille qui souhaitent élever leurs enfants à domicile ne sont pas encore reconnues comme telles. Et l'on pourrait multiplier les exemples de différences statutaires. Le rôle joué par un certain nombre de pionnières méritait d'être souligné. C'est à cette tâche que s'est attelé un quatuor d'historiens de l'ULB (Eliane Gubin, Catherine Jacques, Valérie Piette et Jean Puissant) auquel se sont joints Marie-Sylvie Dupont-Bouchat (UCL) et Jean-Pierre Nandrin (Saint-Louis et ULB) et une belle équipe de collaborateurs scientifiques d'ici et d'ailleurs.

DES HOMMES AUSSI

Le fruit de leurs recherches? Un «dico» de plus de 400 biographies de femmes qui ont marqué l'histoire de nos contrées depuis la révolution française ou un peu auparavant comme cette étonnante Jeanne Pinaut, protagoniste de la révolution brabançonne qui était la maîtresse de l'avocat Van der Noot. Des «filles d'Eve» qui ont influencé la vie politique, sociale, économique ou culturelle, qui ont imprimé leur marque aux domaines scientifiques ou dans l'enseignement, etc. Vaste travail qui ne se veut évidemment pas exhaustif car, sinon, c'est une encyclopédie en vingt volumes qu'auraient dû écrire nos historien(ne)s! D'aucuns déploreront de ne pas y trouver certaines personnalités mais l'exercice avait des limites matérielles.

Particularité du dictionnaire: il comprend aussi un certain nombre d'hommes. Logique: sans leur action politique ou sociale, l'égalité n'aurait été qu'un vain mot. C'est l'occasion de rendre hommage à Guy Cudell, ministre socialiste et bourgmestre de Saint-Josse qui fut le premier à admettre des femmes dans la police communale. Il fut aussi très actif dans d'autres débats féministes soutenant, entre autres, la grève des femmes de la FN en 1966. Il est tout aussi naturel d'y retrouver une notice sur Willy Peers, le gynécologue qui a fait avancer la cause de l'avortement en Belgique, ou encore sur Pierre Vermeylen qui joua un rôle de pointe dans le combat féministe dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Il en ressort un panorama généraliste des talents des femmes qui, comme le soulignent Eliane Gubin et son équipe, reflète l'extraordinaire kaléidoscope des activités féminines. Un grand atout du dictionnaire est qu'il couvre toute la Belgique car l'équipe qui l'a piloté a estimé qu'une régionalisation ou une communautarisation de la thématique n'avait pas de sens sur le plan historique. C'est de bonne guerre car cela permet de se rendre compte que, du nord au sud du pays, il y a eu plus que des convergences dans les centres d'intérêt des femmes.

Puis, on ne le soulignera jamais assez, cette approche a permis à des chercheurs de part et d'autres de la frontière linguistique de travailler ensemble à la réalisation d'un même projet...

© La Libre Belgique 2006