Livres - BD

A la sortie du métro "Festhalle/Messe" qui, comme son nom l'indique mène directement à l'entrée de la Foire du livre de Francfort se presse une foule compacte, impatiente d'assister à la séance d'inauguration en grande pompe de la grand-messe du livre.

Une armada de policiers à moto et de voitures blindées guette l'arrivée imminente de la chancelière allemande Angela Merkel et du président français Emmanuel Macron. La France et de manière plus large la francophonie sont en effet à l'honneur de ce "Francfort en français" - d'où une importante délégation belge dont la reine Mathilde, le Ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles Rudy Demotte et la ministre de la Culture Alda Greoli. En outre, 45 éditeurs et 12 auteurs et illustrateurs belges sont présents.

Sans oublier l'œuvre artistique d'Ilan Manouach, "Shapereader", au Pavillon d'honneur, qui revisite la BD à destination des malvoyants et l'exposition Struwwelpeter recoiffé au Musée Struwwelpeter de Francfort.

Francfort en français

Du 10 au 15 octobre, en forçant le trait, Francfort pense, lit et agit donc dans la langue de Molière. C'est pourtant ce cher Goethe que Macron a tenu à citer dans son discours inaugural. Avant d'entamer un plaidoyer pour le bilinguisme.

Désolée de ne pas maîtriser le français, Angela Merkel a souligné cependant la beauté de cette langue qui touche immédiatement le cœur. Et de rappeler surtout qu'en RDA, " nous n'avions pas tous les livres (...), je veux que chacun puisse lire tous les livres."

Mais c'est surtout, avant ces discours, la parole vraie du grand dramaturge libano-canadien Wajdi Mouawad - "inviter le migrant, c'est inviter l'ennemi" - qui aura marqué les cœurs et les esprits :"ce qui est vrai ne bruit pas mais explose en silence".

Vertigineux et formidable

Une vérité qui se trouve souvent à la page dans les milliers de livres exposés ici. Encore faut-il s'y plonger sans s'y noyer. Car la bien-nommée "Frankfurter Buchmesse", vraie grand-messe du livre, a quelque chose de vertigineux, d'angoissant, d'abyssal et de formidable. C'est en effet bel et bien le livre qui suscite toute cette mobilisation.

Originaire de plus de cinq cents ans, depuis l'invention de l'imprimerie par Johannes Gutenberg - dont une magnifique presse en activité trône au centre du pavillon d'honneur - à Mayence, cité toute proche de Francfort, la Foire rassemble 300 000 visiteurs, 7000 exposants et 12 000 journalistes du monde entier.

S'adressant principalement aux professionnels du secteur, elle devient un lieu d'échanges, d'achats de droits, de mises aux enchères avec des titres qui se rachètent parfois moyennant 250 , 300 000 euros voire un million de dollars !

La francophonie à l'honneur

Chaque année, la Foire de Francfort met un pays à l'honneur. La France et la francophonie sont donc les heureux élus de l'édition 2017. Raison pour laquelle la reine Mathilde fera le déplacement jeudi à Francfort pour un déjeuner avec quelques personnalités du monde de l'édition belge ainsi que des artistes. Elle devrait ensuite honorer de sa présence plusieurs maisons d'édition jeunesse.

D'où également, le déplacement de la ministre Alda Greoli pour une réunion des ministres européens de la Culture (voir par ailleurs) mais aussi pour un déjeuner entourée d'éditeurs ou d'auteurs belges dont Thomas Gunzig, Paul Colize, Éric Emmanuel-Schmitt et des éditeurs étrangers de nos auteurs.

Envie de lire

Un déjeuner qui lui a donné envie de lire encore plus de livres, nous a-t-elle confié, comme ceux de Thomas Gunzig et de Diane Meur, et d'annoncer l'imminence du décret sur la protection culturelle du livre qui doit être voté en séance plénière au Parlement le 18 octobre prochain pour être mis en oeuvre au premier janvier 2018.

Ce déjeuner l'a aussi confortée dans sa volonté de favoriser l'apprentissage de la lecture car, en Belgique francophone, 30 pc des enfants ne savent toujours pas lire en fin de première primaire.

Par ailleurs, dans une famille fragilisée culturellement, il apparaît qu'un enfant entend 500 mots de vocabulaire par heure contre 2500 mots dans une famille culturellement favorisée.

Les auteurs s'expriment aussi

De leur côté, profitant de la Foire, les auteurs allemands, espagnols, français et demandent aux représentants de la Commission européenne, du Parlement européen et des États membres, de garantir une meilleure répartition de la valeur générée par le secteur du livre, une transparence des chiffres, un droit d'auteur fort et le prix unique du livre.