Livres - BD Leurs polars maçonniques dépassent les deux millions de ventes. 

Le polar ésotérique ou religieux s’est taillé une place de choix aujourd’hui. Dan Brown y a contribué avec son pourtant trop improbable "Da Vinci Code" aux ficelles si grosses que pas mal de lecteurs voire de spectateurs l’ont approché au moins au 33e degré… Chez nous, des plus érudits s’y sont frottés avec succès tels Jacques Neyrinck, prof à l’Ecole polytechnique de Lausanne qui, dès 1994, nous régala avec son "Manuscrit du Saint-Sépulchre". Depuis quelques années, le roman ésotérique a atteint de nouveaux sommets outre-Quiévrain en jouant sur les dimensions plus discrètes que secrètes de la franc-maçonnerie. Bigre, dépasser les deux millions d’exemplaires en France avec les aventures d’un flic pratiquant l’Art royal mais aussi très fort en détails historiques authentiques, il fallait l’oser. Eric Giacometti et Jacques Ravenne, copains depuis l’adolescence, le font avec leur détonant inspecteur Antoine Marcas. Nous les avons rencontrés à Bruxelles où ils ont présenté "Conspiration", leur… 11e volume

Traduits en dix-sept langues

Bingo ! Le succès de librairie hexagonal s’est étendu à la Belgique et ailleurs car ils sont traduits en 17 langues, du Japon aux Etats-Unis. Mieux, on les adapte aussi en bande dessinée. L’alchimie n’était pas acquise d’avance même si l’un et l’autre avaient d’évidents points communs.

Eric Giacometti a été journaliste d’investigation, puis chef du service Eco au "Parisien-Aujourd’hui". Il a commencé à s’immerger dans la maçonnerie lorsqu’elle fut mêlée aux affaires de la Côte d’Azur.

Jacques Ravenne, spécialiste de l’étude de manuscrits, ne cache qu’il en est. Ce qui l’a amené à la tribune de moult conférences et colloques. Soucieux de l’image réelle de sa fraternité dont il ne nie pas les dérives, il tient à une description rigoureuse de son univers. Giacometti et Ravenne écrivent à quatre mains depuis en 2005 avec comme personnage central un commissaire qui peut se regarder dans le miroir sur le plan moral et éthique.

"C’est un policier droit dans ses bottines mais qui est confronté en permanence à un dilemme moral", expliquent les deux complices qui ne s’intéressent pas par hasard à la place de la maçonnerie dans les maillons de la chaîne des serviteurs de l’Etat, du bas au haut de l’échelle notamment à ceux qui agissent au niveau du ministère de l’Intérieur parce qu’ils sont les garants de l’ordre républicain. "Avec le souci récurrent de ne pas verser dans les fantasmes mais de rendre vraiment ce qu’est d’être un franc-maçon."

Ce souci du détail se retrouve dans les allers-retours incessants dans leurs romans entre une intrigue contemporaine et une intrigue historique. Les deux écrivains qui au début de leur déjà longue amitié imaginaient vraiment pouvoir retrouver le trésor des Templiers se complètent. "J’écris la partie contemporaine, sauf les parties purement maçonniques et pour cause", commente Giacometti. C’est donc Ravenne qui développe la partie historique. "Nous nous envoyons nos écrits tous les trois chapitres et puis on les réécrit. Et on se retrouve tous les deux mois pour compacter tout ça." La formule fonctionne d’autant mieux qu’ils ont confiance dans le jugement de l’autre. D’où deux parties qui s’équilibrent avec une mise en exergue des personnages plus que de l’intrigue. Enfin Giacometti et Ravenne prennent leur temps, connaissant les exigences de leur fidèle public. Une certitude : on se rend vite compte qu’ils connaissent bien la maçonnerie belge qui pourrait apparaître dans un de leurs prochains polars… Selon eux, les maçons belges sont plus "cool" que leurs frères d’outre-Quiévrain.