Livres - BD  Il cofonda le Centre belge de la BD et restaura la maison Cauchie.

Cofondateur, avec feu Jean Breydel, du Centre belge de la bande dessinée, le Bruxellois Guy Dessicy est décédé à l’âge de 92 ans. Peu connu du grand public, il fut une figure importante qui contribua à la reconnaissance de la bande dessinée comme un art, tout en contribuant à la préservation et la restauration de deux chefs-d’œuvre de l’Art nouveau. Proche d’Hergé, entre autres, il dirigea pendant trente ans la pionnière agence de Publiart, qui fit se rencontrer bande dessinée et publicité.

Le groupe Capelles aux Champs

Né à Saint-Gilles en 1924, Guy Dessicy fréquente adolescent le groupe de "Capelle aux Champs", à Woluwe, cité-jardin catholique et vaguement utopiste où se croisèrent les écrivains Jean Libert et Franz Weyergans, Evany (alias Eugène Van Nijversee, graphiste et futur familier d’Edgar P. Jacobs), Hergé, déjà en route pour la célébrité, Marcel Dehaye, alors jeune écrivain, futur secrétaire d’Hergé et premier rédacteur en chef du journal "Tintin".

Après un passage par l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, où il étudia l’architecutre et la peinture, notamment sous la direction du peintre Léon Devos, le jeune Guy Dessicy intégra le studio Hergé comme coloriste en 1947.

Il y restera jusqu’en 1953, avant que sa carrière ne connaisse un changement décisif lorsque le visionnaire et entreprenant Raymond Leblanc, fondateur de l’hebdomadaire "Tintin" en septembre 1946, puis des éditions du Lombard, décide de créer une agence qui associe publicité et bandes dessinées dans les pages de "Tintin", dont les jeunes lecteurs se comptent alors par centaines de milliers.

Publicité et bande dessinée

Leblanc confie immédiatement la direction de cette nouvelle agence, Publiart, à Guy Dessicy. L’éditeur n’aura jamais à regretter d’avoir laissé au jeune homme carte blanche. Avec, pour l’écriture, Yves Duval (décédé en mai 2009, scénariste d’innombrables "histoires complètes" parues dans "Tintin" et qui constituaient le pendant des "Oncle Paul" de "Spirou"), vont paraître des "strips" promotionnant avec humour et poésie différents produits.

Une kyrielle de jeunes illustrateurs et dessinateurs feront leur début sous la houlette de Dessicy, passant allègrement de la pub à la bande dessinée. Parmi eux, quelques futurs piliers de Tintin : Jean Graton, Raymond Macherot, François Craenhals, Albert Weinberg, Berck, Géri, Tibet, Edouard Aidans, Mittéï, Fonske et Carlos Roque. C’est l’âge d’or de la bande dessinée belge, marquée par le style atome et l’Expo 58.

Publiart, que Guy Dessicy dirigera pendant près de trente ans, ne se limitera pas qu’à la publicité : l’agence créera aussi des jeux de plage et des parcs d’attractions, ainsi que de précieux appuis au Théâtre de l’Esprit frappeur et au Théâtre 140, à Bruxelles.

Sauveur de patrimoine

Car Guy Dessicy était aussi passioné de théâtre ainsi que d’Art nouveau, dont il acquerra d’ailleurs un des joyaux : la Maison Cauchie, située à Etterbeek, à Bruxelles, à quelques pas du Cinquantenaire. En respectable passeur qu’il était, il la restaura avant de la rendre accessible au public (lire ci-contre).

Son apport patrimonial ne s’arrêtera pas là : Guy Dessicy fut aussi le père fondateur du Centre belge de la bande dessinée (CBBD), sis dans un autre chef-d’œuvre Art nouveau restauré, les anciens magasins Waucquiez, dessinés par Victor Horta. Le CBBD fut inauguré en 1989 et Guy Dessicy en resta président honoraire jusqu’à sa mort.

En 2011, le Centre rendait d’ailleurs indirectement hommage à cet homme humble, discret et désintéressé - malgré ses nombreux accomplissements - à travers une exposition rétrospective des créations de Publiart. Bruxelles et la bande dessinée belge lui doivent la sauvegarde d’une partie de leur patrimoine - et de leur rayonnement culturel.


Guy Dessicy et la maison Cauchie

Restaurateur. Comme d’autres joyaux de l’architecture Art nouveau, la Maison Cauchie fut délaissée et détériorée dans les années 1960-1970. Abandonnée après la mort du couple Cauchie, la maison faillit même être remplacée par un immeuble à appartements en 1971. Sous la pression des défenseurs du patrimoine, elle fut classée avant d’être restaurée par ses nouveaux propriétaires, Guy et Léo Dessicy. Indirectement, la Maison Cauchie fut à l’origine du Centre belge de la bande dessinée : au cours d’une discussion, en 1979, avec Guy Dessicy, Hergé avait émis l’idée de transformer la Maison Cauchie en musée Tintin. Le projet n’aboutit pas, mais amorça l’idée d’un musée de la bande dessinée à Bruxelles - qui deviendra le Centre belge de la bande dessinée. Restaurée entre 1981 et 1988, la Maison Cauchie fut intégrée au réseau des musées bruxellois. Elle est accessible au public le premier week-end de chaque mois ou sur rendez-vous pour les groupes.