Livres - BD Le philosophe et sociologue de Francfort à l’honneur chez Gallimard. Une puissante biographie et deux tomes d’un "Parcours" édifiant.

A près de 89 ans, le philosophe et sociologue Jürgen Habermas, qui continue d’incarner l’Institut de recherche sociale mondialement connu comme l’"école de Francfort", où grandirent ses maîtres Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, mais Herbert Marcuse aussi bien, couvre également de sa pensée vivante une certaine Allemagne d’après-guerre. Celle qui restera longtemps marquée par le puissant déni du pronazi Heidegger ("Etre et Temps", 1927), celle encore d’un "passé qui ne passe pas".

Pour un homme de parole comme lui, appelé à endosser le rôle d’un polémiste pugnace, en sa future qualité de "leader d’opinion du camp libéral de gauche", on ne dira pas que le handicap langagier dû à une fente palatine d’origine génétique - alors que le régime national-socialiste excluait tout porteur d’une pathologie "héréditaire" telle que la schizophrénie, le pied bot ou le bec-de-lièvre - fut un détail de l’histoire. Pour autant, il ne manqua pas d’être enrôlé, le moment venu, dans les Jeunesses hitlériennes.

Activiste politique

Celui qui renonça à camper sur l’héritage de la théorie critique, à travers une lecture radicale de Hegel, Marx et Freud, découvrait bientôt le champ "médiatique", dont il était plus qu’implicitement question dans son concept d’"espace public" comme dans sa célèbre "Théorie de l’agir communicationnel" (1981). Car ainsi dit Stefan Müller-Doohm dans la présente biographie, respectueusement traduite en français par Frédéric Joly : "C’est ce rôle d’activiste politique, d’intellectuel public […], qui fait de lui le principal représentant de la deuxième génération de la théorie critique."

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