Livres - BD

Tous les anarchistes ne sont pas des bandits ou des poseurs de bombes. Han Ryner, en tout cas, n’était pas de ceux-là. Mais qui est-il au vrai ? Jacques Élie Henri Ambroise Ner (1861-1938) était un sage turbulent, comme le résume Bernard Pautrat à la suite du "Petit Manuel individualiste" (1905). Philosophe et journaliste, anticlérical virulent, humaniste par-dessus tout, il lutta jusqu’à sa mort pour l’objection de conscience en un temps où tout homme était un jour censé partir à la guerre.

Natif de Nemours, en Algérie, Han Ryner, s’il fut un auteur fécond, n’était peut-être pas un tout grand écrivain, mais il pensait juste, et agissait en s’y conformant. Il mérite mieux du reste que l’oubli et la relégation dans lesquels la postérité l’aura confiné. En 2007, nous avions fort aimé "Le Père Diogène" (1920, rééd. Premières Pierres), qui disait si bien comment "être soi magnifiquement".

Ressurgissant aujourd’hui à la pleine lumière de l’actualité, le réfractaire invétéré décrit, dans un dialogue intérieur, la façon de se délivrer de la tyrannie de la société et de ses idoles. En quoi l’on découvre que l’anarchisme individualiste procède d’une sagesse rigoureuse inspirée tout droit de Socrate, Épicure et Épictète, non sans se réclamer de Jésus aussi. Ou de Nietzsche encore.

Il en résulte un petit livre frugal mais nourrissant qui proclame haut et fort que "devant un ordre injuste, le refus d’obéir est le seul devoir universel". Il importe de vivre vertueusement à l’écoute de sa raison et de sa volonté, dans une société où l’on ne réforme jamais que le langage, et non les choses elles-mêmes. L’esclave est ainsi devenu le serf, puis le salarié, en telle sorte que l’esclavage aurait seulement changé de nom. Mais le sage reste indifférent à ces questions de philologie. Comme il se tient à distance des grandes révolutions. Car même l’anarchie, dit-il, est une naïveté.

Petit Manuel individualiste Han Ryner Allia 79 pp., env. 6,10 €