Hausman, un géant trop méconnu

Olivier le Bussy Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

Le centre d'Art du Rouge-Cloître, sis à Bruxelles, offre l'opportunité rare de s'aventurer dans la demeure d'un géant. Géant de la bande dessinée et de l'illustration s'entend, puisque le Verviétois René Hausman est l'un des plus talentueux - mais discrets - serviteurs du neuvième art depuis une cinquantaine d'années. Son oeuvre est imprégnée d'une sauvage poésie, qui sent la bête, la tourbe et les bois. Habitée de breugheliennes beautés, d'ogres et de nains, de fées et de sauvageons, elle rend hommage au petit peuple sylvestre des contes et légendes que la modernité chasse peu à peu de nos imaginaires.

Un univers pénétrant

René Hausman est un homme de l'est de notre petit royaume, natif et habitant de cet endroit où la Belgique se couvre de forêts et se rapproche, modestement, du ciel. Une région où l'imagination se fait volontiers vagabonde, où l'âme est facilement gagnée par les humeurs sombres. Ayant vécu une partie de son enfance en Westphalie, Hausman a été biberonné par la culture du mystère et du fantastique des pays germanophones. Mais une autre source a nourri la passion de l'auteur pour les légendes populaires: «Je ne suis pas seulement issu de la tradition germanique du conte. Cette passion me vient aussi de ma grand-mère maternelle ardennaise. Je travaille actuellement sur une bande dessinée basée sur des légendes mais aussi des faits divers de cette région, qui m'ont été racontés par ma grand-mère.»

De «Layïna» au «Prince des écureuils» en passant par «Les chasseurs de l'aube» ou «Les trois cheveux blancs», les contes d'Hausman ne laisse guère de place aux happy end à la Disney. On y aime, on y hait, on y tue, on y meurt. A la fin de l'histoire, le prince et la princesse ne coulent pas nécessairement des jours heureux, entourés de leur marmaille. «Je suis un admirateur de Wilhelm Bush, inconnu dans nos contrées, mais dont les personnages Max et Morritz sont très célèbres auprès des petits germanophones. Au milieu du XIXe siècle, il a dessiné et légendé des contes en quatrain et en vers. C'était d'une grande cruauté, comme peut l'être la véritable histoire du Petit Chaperon Rouge. Une fois qu'elle s'est fait manger, l'histoire est finie.»

C'est dans le journal de «Spirou» que René Hausman fit ses premiers pas dans la profession. Il y créa, en 1958, deux petits héros préhistoriques, Saki et Zuni. Grand amoureux de la nature, il improvisa une illustration sur le règne animal pour un numéro spécial printemps. La première page d'un formidable bestiaire qui en compte plusieurs centaines. «Quand j'étais petit, je collectionnais les insectes, confie René Hausman. Je pensais que ma vocation première était d'être naturaliste, mais je suis beaucoup trop rêveur pour cela.»

Hausman n'a pas choisi la voie de la facilité, et travaille essentiellement en couleur directe, mitonnant sa palette comme un cuisinier ses plats. Un art patient et exigeant, proche de la peinture; qui confère à son oeuvre cette atmosphère sombre et pénétrante. René Hausman confesse qu'il se sent plus illustrateur qu'auteur de bandes dessinées. «L'illustration est ma vraie vocation et je n'arrive pas trop à m'en départir. Mais elle ne nourrit pas son homme, la bande dessinée un peu mieux.» Composée de l'une et de l'autre, l'expo est un plaisir gourmand qui se déguste avec les yeux.

© La Libre Belgique 2006

Olivier le Bussy

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