Livres - BD Après les quatre romans de son "Cycle sur Marie", Jean-Philippe Toussaint publie "Made in China". Un récit du tournage en Chine du film "The Honey Dress" ("La robe de miel") mais qui est aussi un roman et un essai littéraire.

Avec "Nue", paru en 2013, Jean-Philippe Toussaint achevait un cycle romanesque commencé en 2002 avec "Faire l’amour" et poursuivi avec "Fuir" (2005) et "La Vérité sur Marie" (2009). En octobre, ce formidable quatuor reparaîtra, relié en un seul volume de 700 pages, aux Editions de Minuit sous le titre de M.M.M.M. (Marie Madeleine Marguerite de Montalte).

Dans le prologue de "Nue", Marie créait une robe de miel qui attirait autour d’elle un essaim d’abeilles. Depuis, Jean-Philippe Toussaint a fait une très belle vidéo de cette scène, "The Honey Dress", tournée en Chine et qu’on peut revoir sur Internet (The Honey Dress 2015 on Vimeo).

L’écrivain revient sur ce tournage mouvementé et en raconte l’histoire dans ce qui est, à première vue seulement, le simple journal de bord d’un film hors du commun, plongé dans le bouillonnement de la Chine contemporaine.

Mais "Made in China" est plus que cela. C’est aussi un regard sur la Chine d’aujourd’hui et une réflexion sur le pouvoir du roman et de la littérature et sur le rôle du hasard dans toute création artistique, comme dans l’existence de chacun d’ailleurs.

Commencé comme un journal romancé, sur les petites choses de la vie, le livre devient une suite aux réflexions sur la littérature qui étaient au centre de son livre "L’Urgence et la Patience". Dans cet essai, il évoquait Beckett comme modèle : "Il y a chez lui quelque chose qui se situe au-delà du langage. Que reste-t-il alors, dans un livre, quand on fait abstraction des personnages et de l’histoire ? L’essentiel : le rythme, la dynamique, l’énergie."

Dans "Made in China", on retrouve cette petite musique si typique des romans de Toussaint et qui bruisse presque langoureusement à nos oreilles, avec les qualités littéraires et les interrogations existentielles du narrateur, sa manière de détailler autant l’infime que l’ontologique, de faire que rien n’est simple, que tout est compliqué, mais que rien n’est vraiment important.

Nous avons rencontré Jean-Philippe Toussaint dans son appartement donnant sur les étangs d’Ixelles.

Made in China, à première vue seulement, est le making of du film "The Honey Dress", une sorte de "bonus" au cycle de Marie.

Je n’avais jamais écrit de journal. Je l’ai fait pendant la préparation de ce tournage, mais je l’ai ensuite complètement réécrit, ce ne fut qu’un pense-bête. Plus que le tournage d’un film, je pensais d’abord faire le portrait de Chen Tong, un personnage formidable qui m’accompagne depuis l’an 2000 en éditant tous mes livres en chinois mais qui m’accompagne aussi dans mes expositions et mes films. Il est touchant, à la fois très proche de moi et très éloigné. Au début du livre, racontant une simple soirée avec lui, j’ai fait l’exercice d’y inclure toute l’histoire de notre relation.

Vous êtes au centre du livre et pourtant on y sent à nouveau un détachement, un regard sans cesse distancié par rapport aux événements dont vous êtes pourtant le "héros". Fabrice à Waterloo ?

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