Jean Ray, l’insaisissable

Francis Matthys Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

Le 25 mai 1961 (1), dans la page littéraire qu’il dirigeait à "La Libre Belgique", le père (Pierre) Pirard publiait un entretien avec Jean Ray qui commençait ainsi : "Ghelderode m’avait dit : Il faut voir Jean Ray. Je l’ai vu, je l’ai lu, je reviens de l’autre monde. Un monde fait de brouillard, de pluies, de landes, de dunes, de sables mouvants " A son visiteur, Jean Ray raconta sa vie qui ressemblait au plus tonitruant des romans d’aventures, mais ponctuait son récit de clins d’œil car P.P. avait tôt flairé que les souvenirs de l’écrivain sourdaient moins de sa mémoire que de son imagination. Depuis, bien de l’eau - ou de l’encre - a coulé sous les ponts, et Jean Ray s’est fait naturaliser fantôme. Sur lui, sur sa légende et sur son œuvre, les travaux se sont succédé, au premier rang desquels figurent le "Cahier de l’Herne", établi en 1980 sous la direction de Jacques van Herp et François Truchaud, et le "Jean Ray, l’archange du fantastique" de Jean-Baptiste Baronian et Françoise Levie, paru en 1981. Aujourd’hui, un volumineux ouvrage (où, très incidemment, un nom n’est pas correctement orthographié : par ex., p. 604, il faut lire Gaumer et non Garmier) nous apprend (presque) tout sur cet explorateur des silencieux ailleurs.

Son pénétrant et très lettré auteur, Arnaud Huftier, enseignant-chercheur à l’Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis, montre combien Jean Ray, alias John Flanders, qui publiait en français et en néerlandais, apparaît comme "un écrivain proprement insaisissable". L’essayiste révèle "l’unité de cet homme-texte à la lumière d’une clé : le dialogue entre l’écrivain et ses doubles" et, pour la première fois, est "cartographiée" la production de Ray/Flanders, de son véritable nom Raymond Jean Marie de Kremer, né le 8 juillet 1887 à Gand, où il rendit l’âme le 17 septembre 1964. Gand, que ce "mystificateur expert" ne quitta pratiquement jamais Romancier, conteur infatigablement créatif, et scénariste de BD (entre autres pour "Petits Belges" dans les années 50) encore étrangement négligé comme l’observe Arnaud Huftier : "On ne peut que s’étonner de l’absence de John Flanders dans les différents panoramas sur la bande dessinée ou, plus globalement, sur les illustrés". De l’auteur de l’ensorcelant "Malpertuis" et de "La Cité de l’indicible Peur", l’un des princes français du Fantastique, Maurice Renard, disait, au lendemain de la publication des "Contes du whisky" en 1925 : "Monsieur Jean Ray ne rappelle pas Edgar Poe, il est Edgar Poe réincarné et adapté à notre siècle." Redécouvrons-le. En d’autres mots: lisons-le.

Francis Matthys

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