Livres - BD

Olivia fait partie de celles pour lesquelles on déroule le tapis rouge. Jamais petite truie n'avait été traitée comme cette star. C'est que sa première sortie en imposa d'emblée. Nombreux sont, en effet, ceux qui se souviennent de l'album initial, «Olivia», récompensé par le prix Baobab du Salon du livre de jeunesse de Montreuil, le Goncourt des livres pour enfants.

Comme perchée sur la pointe des ongles, la petite Olivia, dont on croirait volontiers qu'elle porte des talons aiguilles, est pour le moins capricieuse.

Surtout lorsqu'on lui a cassé son jouet favori. Pendant que sa mère lui coud, comme demandé, un nouveau maillot de foot - signe que la moiselle n'a peur de rien -, le jouet d'Olivia disparaît, ce qui provoque en elle, une colère aussi démesurée que peut l'être celle de quelqu'un de son tempérament.

Malgré un scénario moins intéressant que dans le premier album, «Olivia et le jouet perdu», nouvel opus de Ian Falconer, cet Américain du Connecticut qui a créé ce personnage, empreint de souplesse et de délicatesse pour sa nièce, petite fille têtue et imaginative, brille à nouveau par la force des dessins, des perspectives, des mises en situation graphiques qui dégagent une réelle atmosphère. Comme, l'illustration choisie pour la couverture, avec l'héroïne vêtue de son costume rayé, et munie d'un chandelier pour courir derrière ses chimères. L'éclair qui traverse la fenêtre en arrière-plan ajoute au climat hitchcockien de l'affaire.

PAS DE SOUCI JÉRÉMIE

Jérémie, lui, ne cherche pas son jouet mais un nouveau sens à la vie trop monotone. Tenaillé par l'envie de partir ailleurs, il décide de mettre son plan à exécution et se trouve rapidement confronté à la problématique du choix, dans ce très bel album de Grégoire Solotareff illustré par Olga Lecaye, sa mère en réalité, qui donne une chaleureuse épaisseur à chacune de ses peintures à l'huile, vrai cadeau à faire aux enfants. Ils ne rencontreront pas aussi souvent le beau au long de leur vie.

Toujours est-il que pour partir, il convient avant tout de choisir sa destination.

Mer ou montagne n'exigent pas les mêmes tenues. Le lapin solitaire prend une petite valise pour se limiter mais a déjà bien du mal à ne sélectionner qu'un ou deux livres. De la petite valise à la maison sur roulettes, après être passé par la formule pourtant éprouvée de la caravane, c'est tout le sens des racines et des transhumances qui est soulevé ici, sachant que, l'amour et l'amitié suffisent souvent comme bagage.

COEUR DE PAPIER

Ce ne sont certes pas les deux Carl (l) à nouveau réunis, à savoir Carl Norac et Carll Cneut, qui contrediront ce qui précède.

Tendre et classique comme il peut l'être, Carl Norac, un de nos grands auteurs de littérature jeunesse, semble s'être mis au diapason de l'étonnant Carll Cneut au fil des pages pour adopter un sens presque fascinant du débordement. Parce que la vie nous échappe forcément, comme le coeur en papier dessiné par Thomas, content du résultat après plusieurs essais. Cependant, un coup de vent et le coeur s'envole pour croiser l'indifférence d'un monde affairé croqué par Carll Cneut qui traduit à merveille cette course-poursuite à l'essentiel grâce au rythme des illustrations et à la représentation d'animaux qu'on connaît à l'auteur gantois de l'extraordinaire «Rouge jaune noire blanche».

Féru de rêve et d'espérance, l'invité vedette du Salon du livre de Paris, l'an dernier, cultive, malgré son réalisme, le jardin surréaliste de chaque enfant et sauve ce coeur, in extremis, grâce au magicien qu'on croit tout droit sorti du merveilleux pays d'Alice.

Très belle alliance entre les deux Carl (l), l'auteur offrant douceur à l'illustrateur muni, quant à lui, de son audace pour créer un livre qui plaira assurément aux enfants, avec ce qu'il faut de réflexion, de narration, de suspense et d'optimisme.

© La Libre Belgique 2004