Livres - BD

Gonzague Saint Bris est décédé ce mardi dans un accident de voiture. Le drame s'est produit dans le Calvados (Normandie). Le véhicule dans lequel l'écrivain et historien avait pris place a heurté un arbre. Les deux occupants ont été éjectés de la voiture. Selon l'hebdomadaire Le Point, la compagne de Gonzague Saint Bris, "sérieusement blessée", a tenté d'éviter un animal qui traversait la route. 

Feu l’insituable Jean-Edern Hallier, penchant anar de droite « stupidement » disparu à bicyclette, disait de Saint Bris (Loches, 26 janvier 1948) : « Gonzague, c’est Freud à minuit et Proust le jour retrouvé, Alfred de Musset toute l’année durant, le tout revu par Barnum pour les cirques crépusculaires de notre fin de siècle. Pour l’éternité aussi c’est mon ami, et un écrivain quand sous la manchette se tracent les mots de la main inlassable et magicienne. » C’est vrai qu’il avait une écriture élégante et inventive, que ne dénaturait guère son extravagante calligraphie lorsque, dans les grandes occasions, il vous laissait un mot reconnaissant écrit de sa plume.

On pouvait soupçonner, comme Françoise Parturier, qu’il éprouvait pour lui-même « une secrète préférence ». Ou, comme Jean d’Ormesson, que « le but, pour Gonzague Saint Bris, est de se ressembler ». Il faisait tout en dandy qu’il était, racé, singulier, mais fidèle apparemment à ses plus obscures amitiés. Snob, peut-être, quand il déclamait ses livres au milieu d’un restaurant, les dictant plutôt pour les journalistes, mais humble au fond quand il écoutait les plus modestes, les moins gâtés.

Il en fit d’ailleurs l’un de ses premiers métiers, quand il inaugura, sur Europe 1 dans les années soixante-dix, autour de minuit, sa très intimiste émission « Ligne ouverte au cœur de la nuit ». Il advenait alors qu’il écoute soudain le témoignage téléphonique d’un cambrioleur confortablement installé dans le lieu même de son forfait en cours. Ce furent, d’une nuit à l’autre, d’inoubliables instants de radio.

L’aristo romantique même

Dans son troisième livre, « Le Romantisme Absolu » (Stock), que nous conservons un peu comme son navire amiral avec « Les Vieillards de Brighton », Gonzague Saint Bris hisse le pavois de son personnage fantasmé, qui décèle partout, jusqu’au cœur de Bruxelles, les étincelles on ne peut parfois plus éphémères de cette poésie tapie au creux de menus faits et gestes parmi les plus anodins. Ces petits riens qui donnent aux choses leur couleur et leur piment. Leur éclat.

Aristocrate cependant, il l’était dans toutes ses fibres. Dès le sourcil et le regard, son ample chevelure noire, ses capes et vêtements de la même couleur. Il ne lui manquait que l’épée d’académicien, qu’il avait d’ailleurs frôlé d’être. Il aimait les rois déchus et toutes les voix dissonantes et incomprises d’à travers les siècles. Les grandes âmes blessées et les figures rémanentes d’un héroïsme pas toujours forcément vainqueur. Des femmes aussi, de nombreuses dames, comme en témoignèrent ses « Égéries russes » et ses « Égéries romantiques », avec Vladimir Fédorovski.

Fidèlement attaché à sa Touraine, où il avait été élevé en son cher château du Clos Lucé à Amboise – où repose Léonard de Vinci, s’enorgueillissait-il -, Gonzague Saint Bris avait créé l’Académie romantique avec Patrick Poivre d’Arvor et Frédéric Mitterrand, passionné par Balzac, George Sand ou Lafayette. Sa mort même est romantique et démodée.