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Il entre à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.

C’est ce samedi 29 avril qu’aura lieu la séance de réception de Philippe Claudel à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. L’enseignant, scénariste, réalisateur, romancier français, déjà membre de l’Académie Goncourt, succède à Assia Djebar, à laquelle il rendra hommage dans son discours.

On le sait peu, mais celui qui n’a jamais quitté sa Lorraine natale (il est né à Dombasle-sur-Meurthe, près de Nancy, en 1962) s’est d’abord essayé au cinéma, après avoir étudié les lettres et le 7e Art. Déçu par ses propres scénarios, n’ayant pu convaincre aucun producteur, il s’est alors tourné vers le roman. Il a 38 ans quand paraît "Meuse l’oubli", premier d’une longue série qui comptera notamment "Les Ames grises" (Renaudot 2003), "Le Rapport de Brodeck" (Goncourt des Lycéens 2007), "L’Arbre du pays Toraja" (2016) et le récent "Inhumaines". Grâce à Yves Angelo, qui lui remet le pied à l’étrier du cinéma (ils écriront ensemble "Sur le bout des doigts", puis l’adaptation des "Ames grises"), il se lance en 2008 derrière la caméra avec "Il y a longtemps que je t’aime". Suivront "Tous les soleils" (2010), "Avant l’hiver" (2013) et "Une enfance" (2015).


Désirs différents

Romans ou films "surgissent de désirs différents, nous confiait-il l’an dernier. Un scénario jaillit de scènes, de désir de cadres, de lumière, d’envie de construire un personnage, sans que celui-ci s’intègre dans une histoire. Alors que le roman naît clairement d’une phrase."

Issu d’un milieu modeste, Philippe Claudel a grandi au contact de la mort, la maison de ses parents étant située en face d’un cimetière. Ce qui, selon lui, explique le rapport frontal qu’il entretient avec elle. "Je suis dans le monde des vivants, mais je sens mes disparus autour de moi", expliquait-il en parlant d’"Il y a longtemps que je t’aime". Un état d’esprit que l’on retrouvait dans "L’Arbre du pays Toraja", dans lequel il rendait hommage à Jean-Marc Roberts, son cher éditeur disparu, qui apparaissait dans ces pages sous les traits d’un producteur de cinéma.

Deux axes dans son œuvre

Deux grands axes se dégagent de l’œuvre de Philippe Claudel. L’infime qui sépare le bien du mal d’une part, la déshumanisation croissante de nos sociétés de l’autre. Son écriture peut bouleverser et émouvoir, comme elle le fit admirablement dans "Les Ames grises" et "Le Rapport de Brodeck" notamment, mais aussi devenir plus clinique voire abrupte ("Inhumaines"), ou pencher vers le fantastique, avec çà et là des accents d’anticipation et même de métaphysique ("L’Enquête").

"Le succès a quelque chose d’irréel : on a l’impression que c’est un malentendu heureux, et qu’il va vite s’arrêter", expliquait celui qui a vu sa vie changer avec le succès des "Ames grises". Ce qui ne l’a pourtant pas éloigné de ses fondamentaux. "Je ne suis pas un écrivain tiraillé, malheureux. J’aime raconter des histoires et célébrer ce que je vis au quotidien. Je suis très contemplatif, face à un visage de femme, un paysage de montagne, un bon verre de vin…"