Livres - BD

T out le monde (façon de parler) connaît «Le Sacre de Napoléon», le gigantesque tableau (9,79 m sur 6,29, alors que le «Guernica» de Picasso ne mesure qu'environ huit mètres sur trois cinquante) qui voit défiler devant lui, chaque jour, des milliers de visiteurs au Louvre. Mais sait-on assez que son auteur, Louis David - qui fut le chef de l'école néoclassique -, passa les dix dernières années de sa vie en exil à Bruxelles, qu'il y mourut et y repose encore en dépit des sollicitations françaises?

Un artiste que Jean-Luc Seigle place au coeur du «Sacre de l'enfant mort» (Plon, 186 pp., env. 18,50 €).

Votre deuxième roman...

Après «La Nuit dépeuplée», où je revisitais le mythe d'OEdipe dans un espace contemporain.

Pour écrire sur un peintre, il faut que la peinture vous fascine...

J'ai commencé comme peintre, mais je me suis vite trouvé tiraillé entre la peinture et l'écriture, qui l'a emporté. Je suis très casanier. Je n'aime ni voyager, ni sortir de chez moi. Chez moi, j'écris devant un mur, comme s'il s'agissait d'une toile, d'un écran. Pas question d'avoir devant moi un espace ouvert, qui me distrairait de ce que j'imagine, de ce que j'écris.

A savoir, en dehors de romans?

Des pièces de théâtre, des scénarios, des dialogues. Je travaille pour le cinéma. Ainsi, par exemple, ai-je été l'un des coscénaristes des «Convoyeurs attendent», de Benoît Mariage, avec Benoît Poelvoorde: vous voyez, la Belgique ne m'est pas étrangère. J'y vivrais même volontiers.

«Le Sacre de l'enfant mort» se déroule largement à Bruxelles...

Ce roman m'a été inspiré en partie par le malaise que j'ai éprouvé en découvrant la maison où Louis David vécut ses dernières années, à quelques mètres à peine du Théâtre de la Monnaie. Une plaque en faisait mention sur la façade... éventrée, à l'abandon.

Membre de la Convention, ce frère spirituel de Robespierre vota la mort de Louis XVI. Et deviendra le peintre officiel de Napoléon. La Mort est le thème de votre livre?

Dans ce roman, je parle du seul enfant (à l'exception des quelques enfants de choeur, plus âgés) représenté sur le tableau peint entre 1805 et 1807, qui fut ensuite exposé dans toutes les villes de France, de Marseille à Lille. Ce petit garçon, de quatre ans au moment du sacre, mourra quatre ans plus tard. Il sert de détonateur à un récit qui met en scène un artiste qui s'interroge sur la Mort, qui le hante.

Un artiste qui était un exilé comblé d'honneurs...

... au point que Guillaume Ier d'Orange lui réservera des funérailles nationales en 1825.

Ce peintre, qui avait appartenu au clan des «régicides», devint le héraut d'un empereur. Étrange, non?

Napoléon résulte de la Révolution, et la continue. Il est le «héros» romantique par définition, l'homme de base qui devient un «dieu». Si Napoléon fascine, aujourd'hui encore, c'est parce qu'il atteint la dimension d'un mythe. Quand constitue-t-on un empire? Quand on est conscient d'être porteur du meilleur de la civilisation. Et qu'on veut porter cela le plus loin possible.D Fr.M.

© La Libre Belgique 2004