L'ETA et la violence basque

Olivier Mouton Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

La position pro-américaine du gouvernement espagnol dans le dossier irakien s'explique, partiellement, par la question basque. Depuis son arrivée au pouvoir, le Premier ministre José Maria Aznar a décidé de prendre le taureau par les cornes. Il en a véritablement fait une histoire personnelle, lui qui fut la cible d'un attentat manqué il y a quelques années.

Aussi, la lutte tous azimuts contre le terrorisme de l'administration Bush trouve-t-elle en lui un écho certain. Toute la galaxie du nationalisme radical est désormais la cible d'attaques répétées de Madrid, depuis l'interdiction de sa branche politique Batasuna jusqu'à la suspension du journal «Egunkaria». Une campagne menée sous la houlette de Baltasar Garzon, juge de l'Audience nationale, qui vient, lui,... d'exprimer dans une tribune libre son refus d'une guerre contre l'Irak.

DES RACINES NAUSÉABONDES

La lecture de l'ouvrage fouillé consacré à l'histoire de l'ETA - mené sous la direction d'Antonio Elorza, qui enseigne les sciences politiques à l'université Complutense de Madrid - apporte un éclairage précieux sur cette lutte armée entamée à la fin des années cinquante. Dès le départ, les auteurs insistent sur «le poids de l'ordre traditionnel» de la société basque. Le nationalisme contemporain fait revivre le passé de façon magnifiée, avec pour centre de son activité la maison. C'est une transmission patriarcale et rurale. La langue «euskara» est vitale pour comprendre l'identité basque. Sa fermeture complexe sur le monde. Avec, aussi, d'inquiétants relents racistes. Sabino Arana Goiri, père spirituel du nationalisme basque, est «l'illustre» fondateur de cette pensée refermée sur elle-même. Au coeur d'une société qui sacralise la violence.

«Sabino Arana Goiri avait dit de façon abusive qu'Euskadi était un pays occupé par l'Espagne, mais Franco fit de cette occupation une réalité», écrit Antonio Elorza. L'ETA voit le jour en 1959. Peu de temps après, l'oeuvre de Frederico Krutwig, philologue d'origine allemande sis à Bilbao, pose les fondations d'une lutte de libération nationale inspirée de ce qui se passe dans le tiers-monde. Avec, dès ce moment, une conception terroriste de la guerre. Pendant la première décennie de son existence, l'ETA va vivre une ébullition idéologique constante, basculant vers un discours très à gauche de lutte contre l'impérialisme, vivant plusieurs scissions. La chute de Franco consolide l'organisation. Et contrairement à ce que l'on pouvait attendre, la transition démocratique voit l'ETA militaire multiplier les attentats, avec une base arrière relativement tranquille du côté français. Nous sommes à la fin des années septante. «Ce sont de véritables années de plomb», résume Florencio Dominguez, rédacteur en chef de l'agence Vasco Press. Les deux tiers des victimes appartiennent aux forces armées.

DIVISIONS NATIONALISTES

Le récit des différents auteurs est charpenté. Il débouche sur ces dernières années, quand le pacte de Lizarra et la trêve armée ont fait naître un faux espoir. Il passe à la loupe les relations tumultueuses entre les radicaux et les nationalistes démocratiques. Un seul objectif: devenir les vrais représentants d'une soif indépendantiste basque existant désormais pour elle-même. Le «réseau» tournant autour de l'ETA apparaît clairement à la lecture de cet ouvrage. De même que ses fondements stratégiques. En guise de conclusion, les auteurs évoquent une convergence entre voie pacifiste et voie terroriste. Dernier mot? «2003, l'année du centenaire de Sabino Arana, sera peut-être aussi celle du triomphe de sa religion politique de la violence.»

Une certitude: cette histoire-là n'est pas finie.

© La Libre Belgique 2003

Olivier Mouton

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