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Depuis que le cinéaste Sam Mendes s’est emparé de "La fenêtre panoramique", devenu à l’écran "Les noces rebelles" avec Kate Winslet et Leonardo Di Caprio, l’écrivain américain Richard Yates (1926-1992) bénéficie d’un regain d’intérêt de ce côté-ci de l’Atlantique. Après "Easter Parade", l’an dernier, est aujourd’hui traduit en français "Un été à Cold Spring" ("Cold Spring Harbor"), qui date de 1986 et qui est dédié à Kurt Vonnegut Jr.

Vivre avec une jolie fille, était-ce là tout ce qu’Evan Shepard pouvait attendre de la vie ? C’est en tout cas ce qu’il récolte. Mary Donovan se découvrant enceinte peu après le début de leur romance, il leur faut se marier sans tarder. Mais dix-huit mois plus tard, le couple se sépare. Lorsqu’il rencontre la discrète Rachel Drake, Evan se dit que la vie lui offre une seconde chance. Tout se passe pour le mieux jusqu’au jour où la mère névrosée de Rachel propose au jeune couple d’emménager avec elle dans une grande maison humide de Cold Spring, non loin d’où habitent les parents Shepard. Cet été 1942 qu’ils y passent va cristalliser chez Evan un profond sentiment de perte et d’échec, sur fond de guerre et d’entraves familiales.

Parce qu’il doit subvenir aux besoins des siens, Evan a renoncé à l’université, même si ce projet reste dans un recoin de son esprit. L’armée n’ayant pas voulu de lui, il doit se contenter d’un poste de mécanicien dans un atelier d’usine. Tant sur le plan personnel que professionnel, les portes se ferment les unes après les autres, sa vie oscillant entre confusion et insatisfaction. Cet état de désenchantement touche d’ailleurs aussi les autres personnages du roman. A des degrés divers, tous ont renoncé à attendre plus que ce que la vie semblait leur offrir, englués qu’ils se sont dans les limites de leur époque et de leur milieu petit-bourgeois.

La plume alerte et minutieuse, Richard Yates cantonne au réalisme des existences vouées au désastre, sans autre horizon que celui d’une banlieue. Trop faibles face à leur épouse et à ce qu’elle représente, trop diminués pour être incorporés à l’armée, pas assez ambitieux pour gravir l’échelle sociale, les hommes voient leur destin leur échapper quand les femmes, prisonnières de leur rôle, portent en étendard leur mal-être. Du désarroi face à cette inéluctable absence de perspective, Richard Yates tire un roman délicat et crépusculaire.

Un été à Cold Spring Richard Yates traduit de l’anglais (États-Unis) par Aline Azoulay-Pacvon Robert Laffont 206 pp., env. 20 €