Livres - BD

Madame Milquet n’a pas pu venir, elle est retenue en salle de classe !" tonne Benoît Poelvoorde - si Fadila Laanan a toujours honoré de sa présence la présentation à la presse de l’intime festival, Joëlle Milquet, qui lui a succédé à la Culture, a été retenue par les soucis que l’on sait. Fidèle à sa joyeuse humeur, l’acteur namurois, entouré de ses partenaires de programmation Chloé Colpé et Sylvie Ballul, a dévoilé hier la table des matières du troisième chapitre de son rendez-vous littéraire estival, qui se déroulera au Théâtre royal de Namur les 28, 29 et 30 août prochains.

Auteurs reconnus et plumes plus discrètes, textes graves et livres teintés d’humour : l’équation de cette nouvelle édition équilibre et varie les émotions. En ouverture comme en clôture de ce week-end qui invite à réfléchir à l’intime de nos vies, deux grandes lectures seront proposées, toutes deux aux couleurs américaines : "Fin de mission" de Phil Klay (lu par Bouli Lanners) et "Portnoy et son complexe" de Philip Roth (lu par Eric Elmosnino - qui doit encore confirmer sa présence). Quatre autres grandes lectures seront également proposées : "Mes amis" d’Emmanuel Bove (lu par François Morel), "Ceux qui restent" (par Marie Desgranges et Antoine Mathieu), "Lambeaux" de Charles Juliet (par André Marcon) et "Le fusil de chasse" de Yasushi Inoué (par Noémie Lvovsky). Côté rencontres, Jérôme Ferrari, Laird Hunt, Stéphane Lambert, Tom Lanoye, Howard McCord, Emmanuelle Pagano et Pascal Herlem seront présents. Une carte blanche a été confiée à Pierre Jourde, qui débattra par ailleurs avec Juan Asensio (animateur du site Stalker) autour de la question de la critique littéraire. Il y aura aussi du théâtre, de la BD, la projection d’un opéra et la présence (espérée) du réalisateur Bertrand Blier, entre autres.

Au bonheur des rencontres

Directeur artistique de l’intime festival, Benoît Poelvoorde "ambitionne que les gens aient la même curiosité" cette année que lors des deux premières éditions. "Ce qui m’émeut dans ce festival, ce n’est pas tant que nos choix soient judicieux ou pas, ce sont les rencontres qui s’y déroulent." A tous les étages : avec un livre, un auteur, un autre spectateur… S’il aime la dynamique créée par ce rendez-vous, l’acteur redoute ses effets pervers : "De mon point de vue, lire ne doit pas être un exercice ou un travail. La littérature doit rester un plaisir. Je ne veux pas devoir lire utile, je tiens à ma liberté. Je reconnais de formidables découvertes, comme avec Charles Juliet. Après, pour un Charles Juliet, je dois en lire dix moyens voire mauvais…"

Les années passant, Benoît Poelvoorde dit rester le même lecteur : insatiable, curieux, émerveillé. Comment choisit-il ses livres ? "Je ne lis aucune critique. Sauf sur le site Stalker (juanasensio.com) . Je choisis sur le conseil des gens, mais je commence à me méfier… Quand j’entre dans une librairie, c’est pour aller y chercher le livre que j’ai commandé : c’est mon alibi, puis j’en choisis deux autres dont j’ai entendu parler autour de moi, puis deux ou trois sur base du titre ou de la couverture, mais sans lire la quatrième de couverture. Je parcours parfois la première page, pour voir si c’est bien écrit. Je refuse qu’on m’offre des livres et je n’en ai jamais offert, si ce n’est à une femme parce que j’ai envie de la rencontrer. Les seuls livres que j’aie jamais donnés, c’était toujours dans une relation amoureuse ou affective, comme pour dire : voilà une part de moi que je ne sais pas exprimer."

Les deux voix du président

A trois autour de la table, les discussions pour définir les incontournables de la programmation sont parfois houleuses. "Quand quelqu’un tient absolument à un texte, il argumente, il y a discussion. J’ai par exemple refusé, après un fameux débat, ‘En finir avec Eddy Bellegueule’ d’Edouard Louis, que je trouvais fastidieux et qui, selon moi, allait à l’encontre de ce que je défends dans le festival : expliquer pourquoi ma mère est une salope. J’ai deux voix en tant que président ! Il y a donc des choses que j’interdis... ‘Mes amis’ d’Emmanuel Bove, cela fait trois ans que j’essaie de le placer, c’est un des coups de cœurs de ma vie. Mais il fallait dénicher l’acteur. Cette fois, on a trouvé : François Morel. On a aussi eu une grande discussion à propos de Simenon, que j’adore, qui est pour moi l’un des plus grands écrivains de tous les temps. Je voulais ‘Lettre à ma mère’ , mais Sylvie Ballul s’y est violemment opposée, et j’ai respecté ses arguments." Preuve si besoin que la littérature est d’abord une question intime. Et féconde, pour qui sait la partager.

Les 28, 29 et 30 août au Théâtre royal de Namur. Billetterie ouverte dès le 19 juin. Entrées : de 10 € (pass 1 journée hors grandes lectures) à 55 € (pass 2 journées et 6 grandes lectures). Gratuit pour les moins de 26 ans. Rens. : 081.226.026