La Belle, le boulet et le proctologue
- Publié le 25-09-2017 à 12h49
- Mis à jour le 25-09-2017 à 12h50

Quand Vincent retrouve Kevin, il espère aussi retrouver Cécile, son amour de jeunesse partie sans laisser d'adresse, vingt ans auparavant.Quand Tronchet (scénario) s'associe à Nicoby (Dessin), ça donne "Le meilleur ami de l'homme" chez Dupuis, dans la collection "Air Libre". Dans cette histoire, Vincent, un proctologue bien établi, qui n'aime plus les blagues scatologiques sur son métier, est en plein divorce, en pleine remise en question. Vincent doit avoir autour de quarante ans. Et à cet âge, dans la mythologie humaine et souvent aussi dans la vraie vie, cette période s'accompagne d'une crise. D'une remise en question personnelle. Parfois violente, ce genre de crise peut s'accompagner d'une véritable révolution mais, le plus souvent, il s'agit surtout de petits ajustements.
Vincent est proctologue, donc, et il a une fille, intelligente, sympa et fan de foot mais que sa mère tente à tout prix de protéger d'un divorce trop violent. Alors Vincent doit jouer le jeu imposé par sa future ex dont il partage toujours le toit, mais ça l'énerve.
Par hasard, un jour de match du PSG, Vincent retrouve dans les pissotières du stade un vieux copain, Kevin Delafosse, son éternel faire-valoir de jeunesse. Celui qui rêvait secrètement de Cécile, la copine de Vincent à l'époque. Celui qui était sur le banc lors de la finale du championnat de foot, alors que Vincent étalait sa classe sur le terrain.
Kevin était jaloux de Vincent et, vingt ans plus tard, manifestement, il l'est toujours. Kevin, ce "Boudu sauvé des eaux" va progressivement entrer dans la vie du héros trop sage. Tatoueur de son état - "Ce qui est taoué est à moué", aime-t-il répéter -, porté sur la bibine, envahissant et sale, Kevin va presque prendre la place de Vincent. C'est la vie bien rangée du médecin - même s'il a échoué quatre fois lors de sa première année de médecine et qu'il est donc incapable de soigner qui que ce soit - qu'il veut. Le retour non désiré de ce vieil ami qui prend de la place va aussi raviver dans l'esprit du proctologue le souvenir de Cécile. La belle Cécile aux nobles idéaux. Lors de leurs études de médecine, elle rêvait d'Afrique, elle voulait partir soigner ces populations délaissées. Par amour, Vincent lui disait qu'il était prêt à la suivre. Mais ce qu'il voulait, lui, sans vraiment se l'avouer à l'époque, c'était le petit confort bourgeois et les revenus que lui apportera inévitablement sa lucrative profession médicale.
Un jour, Cécile est partie, Vincent est resté sans nouvelles et il s'est marié, a fait une enfant, s'est installé confortablement dans la vie bourgeoise qu'il désirait tant. Cette vie que désormais il veut voir évoluer même si, au départ, c'est un peu contraint et forcé par son divorce proche.
Alors il se met sur les traces de Cécile car ,hormis une maîtresse fatigante mais sexuellement entreprenante, Vincent n'a plus d'amour dans sa vie. Il la cherche, mais avec Kevin dans les pattes. Un Kevin qui cache quelque chose et qui en sait sans doute plus sur le départ précipité de Cécile, vingt ans plus tôt. Et puis Kevin aussi semble vouloir revoir Cécile. Il veut toujours être Vincent, quand Vincent ne sait plus vraiment qui il est.
Dans "Le meilleur ami de l'homme", on croise des gens ordinaires, imaginés avec talent par Tronchet (Jean-Claude Tergal, Raymond Calbuth, Le nouveau Jean-Claude ainsi que quelques "one shot" de belles factures) et esquissés avec simplicité par Nicoby - une vingtaine de "one shot" dont "Mes années bêtes et méchantes" ou "Belle île en père".
Cette histoire n'est jamais tragique, elle est parsemée d'humour et se laisse dévorer d'une traite malgré les 136 pages. Au fil des pages, Tronchet parvient à nous donner l'envie de savoir ce qui est arrivé à Cécile. Et puis, peu à peu, en suivant Vincent dans sa quête, l'envie nous prend aussi sauvagement d'étrangler Kevin.
Le meilleur ami de l'homme Tronchet et Nicoby Dupuis 136 pp., env. 19 €