Livres - BD

Deux chercheurs britanniques viennent de confirmer que la carte du «Vinland », un document du XVe siècle considéré comme l’une des preuves que les Vikings avaient débarqué en Amérique du Nord, est, en réalité, un faux car il contient un type d’encre qui n’existait pas avant 1923.

La publication en 1965 de cette carte par l’Université de Yale avait fait sensation à l’époque. Elle figure à la gauche d’une cartographie plus large décrivant les périples des Vikings, notamment lors de leurs voyages en Mongolie.

On pouvait y voir tracés le Helluland, le Markland et le Vinland, soit les pays qu’étaient censés avoir découvert, en Amérique du Nord, vers l’an 1000, Leifr Eiriksson et Bjarni Herjolfsson, deux Vikings islandais résidant au Groënland.

La valeur de ce document, préservé à la bibliothèque de l’Université de Yale, était estimée à 20 millions de dollars.

«La carte du Vinland est l’une des cartes les plus importantes au monde », a expliqué le Pr Robin Clark, professeur de chimie à l’University College de Londres, pour justifier ces recherches.

Avec son assistante Katherine Brown, il a utilisé la méthode d’analyse dite de la spectroscopie Raman (du nom de son inventeur) pour identifier les éléments chimiques des encres employées sur la partie «vinlandienne » de cette célèbre carte médiévale.

Les lignes sont en effet composées de deux couches: une ligne jaunâtre qui adhère fortement au parchemin, recouverte d’une ligne noire qui semble s’être effritée.

Certains chercheurs avaient déjà mis en doute en 1972-1974 l’authenticité de cette carte, affirmant qu’elle était l’oeuvre d’un faussaire du XXème siècle extrêmement ingénieux et parfaitement au courant des méthodes de l’époque.

Ils citaient à l’appui la présence dans la ligne jaunâtre d’anatase, un dérivé du dioxyde de titane relativement rare à l’état naturel et qui n’a été synthétisé qu’à partir de 1923. Ils pointaient aussi le fait que le Groënland avait une forme bien trop moderne, alors que le reste de la Scandinavie était défiguré, sans parler des conditions plutôt rocambolesques de découverte et d’acquisition de cette carte.

L’affaire avait rebondi en 1995, lorsque les chercheurs ayant participé à la première publication de la carte affirmèrent dans un nouvel ouvrage publié par l’Université de Yale que l’anatase sous sa forme naturelle avait très bien pu se former durant la production des encres ferriques utilisées au Moyen-Age.

L’étude des chercheurs britanniques publiée aujourd’hui est la première à examiner l’intégralité du document et non des échantillons parcellaires. Elle a donc permis de déterminer l’endroit exact de la présence d’anatase sur le parchemin.

Or, affirment les auteurs de l’étude, «l’anatase n’a été détectée que sur les lignes d’encre et non ailleurs sur le parchemin: elle doit donc faire partie intégrante de la ligne jaune ».

De plus, l’encre noire n’est pas une encre au gallo-tannate de fer, semblable à celle utilisée avant l’invention de l’imprimerie, mais est composée de carbone. Or c’était le vieillissement des encres ferriques qui rendait le parchemin généralement cassant et laissait une marque jaunâtre sous la trace noire.

«Sachant qu’un tel jaunissement est une caractéristique commune des manuscrits médiévaux, un faussaire intelligent a pu chercher à simuler cette dégradation en incluant une ligne jaune dans son dessin », avancent donc les chercheurs.

Selon le Pr Clark, il ne fait désormais aucun doute que la partie «vinlandienne » de la carte a été rajoutée au reste du document, dont l’authenticité n’est, elle, pas mise en cause.

Ces résultats, publiés dans la dernière édition de la revue américaine Analytical Chemistry, sont «la preuve définitive que cette carte a été dessinée après 1923 », conclut-il. (AFP)