Livres - BD

Le petit Jean, alors, avait coutume d’arpenter les campagnes. D’errer dans les champs et les bois, de sauter par-dessus les haies et les ruisseaux. La vie des La Fontaine est buissonnière, écrit Erik Orsenna. Entre la vie et l’école, nulle barrière, l’une et l’autre communiquent intimement. "L’école buissonnière, dit le dictionnaire, est une école clandestine qui, au Moyen Âge, se tenait en pleins champs."

Nul mot du reste ne convient mieux à La Fontaine que ce clandestin. "Il sera toujours passager clandestin de sa vie. Pas très sûr de lui-même, incertain de sa réalité, doutant de vivre la vie prévue pour lui. Flottant." On ignore d’ailleurs quelle école primaire fréquenta le poète. Son ami François de Maucroix, venu de Noyon pour apprendre des mêmes maîtres que lui à Château-Thierry, à une centaine de kilomètres de Paris, le long de la Marne, est "le complice, le compagnon, le confident, l’autre soi-même". Et Louis de Maucroix, frère aîné du précédent, décrit ainsi Jean : "La Fontaine, bon garçon, fort sage et fort modeste".