Livres - BD Le quatrième roman de Joël Baqué montre avec humour qu'on peut concilier amour du boudin et défense de l'environnement

"Un mot en entraîne d’autres." Par cette formule qui conclut (ou presque) son précédent roman, "La mer c’est rien du tout" (P.O.L, 2016), un merveilleux petit livre qui s’inventait un genre en jouant avec l’autofiction, l’aphorisme et la poésie, Joël Baqué nous a peut-être livré une clé de son écriture.

Sans doute la fiction commence-t-elle dans le plus anodin des détails : une phrase, un geste. Une fois le mouvement lancé, un pas suit l’autre et devient une démarche, une personnalité, un corps désirant, un sac d’illusions et de rêves. Les événements s’enchaînent et les allers-retours entre le cerveau et les jambes n’y peuvent plus grand-chose, pris dans une causalité incertaine, voire insensée, où les trajectoires et choix individuels aboutissent en général à l’opposé du résultat attendu.

Ainsi le protagoniste de "La fonte des glaces", un modeste charcutier à la retraite prénommé Louis, que le veuvage a plongé dans une apathie digne d’un jambon persillé, ne se doute pas, en faisant l’acquisition, sur une brocante, d’un manchot empereur empaillé, qu’il précipite son destin hors de la chambre froide [...]