Livres - BD En 2019, "1984" de George Orwell tombera dans le domaine public. Avant cette date fatidique, Gallimard souhaitait publier une version "maison". Une nouvelle traduction vient de sortir que l’on doit à Josée Kamoun. Entretien.

Outre le souhait de la maison d’édition de s’assurer sa propre traduction avant que "1984" ne tombe dans le domaine public, il faut bien se rendre à l’évidence que la législature pour le moins fantaisiste du président américain Donald Trump a grandement contribué à remettre à l’avant-plan l’œuvre visionnaire de l’écrivain britannique George Orwell (1903-1950). "On n’a jamais autant parlé de ce roman, relève Josée Kamoun. Sous Trump, les faits alternatifs, les nouveaux rapports à la vérité et la dénonciation des fake news ont pris une ampleur insoupçonnée. On peut aussi se tourner vers la Chine et ses 600 millions de caméras de surveillance à reconnaissance faciale qui seront mises en place dès 2020. Elles permettront de traquer les comportements déviants, incivilités et délits mineurs et vaudront aux coupables des retraits de points. Un nombre de points ‘de vie’ insuffisant empêchera le titulaire d’obtenir divers avantages, comme un logement, des crédits, etc. En un mot, la société de surveillance que font craindre les big data et autres dispositifs met plus que jamais le ‘Big Brother is watching you’ à l’ordre du jour."

Aux yeux de la traductrice, il n’était pas superflu de retraduire "1984" afin de faire émerger la dimension littéraire de l’œuvre. Pour ce faire, elle a opté pour l’indicatif présent, changement le plus manifeste, mais il en est d’autres. Elle s’en explique.

George Orwell a écrit "1984" au "simple past". En 1950, Amélie Audiberti l’avait traduit, naturellement, par le passé simple. Ce qui frappe, d’emblée, dans votre traduction, c’est l’emploi de l’indicatif présent. Pourquoi ce choix?

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