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Ce n'est vraiment qu'après les années vingt du siècle dernier que l'Afrique a accueilli des religieuses catholiques dans le cadre des missions. De fait, auparavant comme l'avait décrit Joseph Conrad, ce continent avec ses forêts vierges vertes et étouffantes mais surtout une vie très rude en raison des maladies tropicales et de la chaleur que l'on disait aussi propice à une certaine amoralité (!), étaient déconseillés aux femmes blanches; a fortiori aux religieuses. Et pourtant, les Annonciades franchirent le pas. Surtout connues par leurs activités dans l'enseignement et l'école-phare qu'était l'Institut du Sacré-Coeur à Heverlee, elles viennent de fêter 75 ans de présence sur le continent noir : au Congo et au Burundi mais également depuis peu au Cameroun. Une Saga Africa peu commune que vient de coucher sur le papier d'un impressionnant ouvrage l'historienne Ria Christens, l'archiviste de Heverlee qui se double d'une excellente connaisseuse de l'histoire des femmes dans nos régions.

"Terra Incognita" ne se contente pas de narrer l'arrivée et l'implantation des religieuses mais analyse aussi les conditions dans lesquelles cela s'est fait. Et c'est une bonne réflexion sociologique sur la place des religieuses dans un monde moins enclin à admettre l'égalité des sexes.

Enfin, c'est aussi une approche très rigoureuse de la vie missionnaire entre le milieu du XIXe siècle et la période la plus contemporaine. C'est un jeune prêtre louvaniste, l'abbé Xavier Temmerman, qui avait conçu le dessein de faire des religieuses des missionnaires. Les réticences étaient fortes en Belgique et sur le terrain : si l'autorité archidiocésaine entendait que les Annonciades se concentrent sur l'enseignement pour les jeunes filles, les jésuites et les scheutistes n'étaient pas très chauds pour collaborer avec une jeune congrégation enseignante féminine... Le projet fut provisoirement abandonné et au lieu d'aller au Congo, Heverlee avait accueilli deux jeunes filles de là-bas, Amanakwa et Sitoua, qui allaient à leur tour rentrer chez elles pour évangéliser leurs "soeurs".

Mais il fallut attendre le début des années trente et un air du temps catholique beaucoup plus branché sur les missions à l'initiative des papes Benoît XV et Pie XI pour que le rêve de l'abbé Temmerman puisse se concrétiser.

"RÉGIONS TRÈS ÉLOIGNÉES"

Le 29 avril 1931, cinq religieuses d'Heverlee partaient pour un mois de voyage en bateau et en train vers la brousse africaine. Symboliquement appelées "hosties blanches" parce qu'elles étaient prêtes à s'offrir pour leur foi "dans des régions éloignées" pour paraphraser Paul dans sa lettre aux Corinthiens.

Présentes dans 6 postes missionnaires, les religieuses firent d'abord de l'apostolat indirect. Ria Christens, moult archives à l'appui, narre leur vie quotidienne tout en la resituant dans le contexte de l'époque. L'histoire allait s'accélérer avec la décolonisation mais les Annonciades restèrent sur place tout comme elles firent oeuvre plus qu'utile dans des pays voisins. Aujourd'hui, les religieuses d'ici sont toutes rentrées mais le relais a été pris par des Annonciades africaines avec des perspectives prometteuses pour l'avenir.