Livres - BD

Dimitri Verhulst, 44 ans, est un grand écrivain, l’enfant terrible et terriblement attachant des lettres du Nord. Depuis trois romans traduits, les francophones belges aussi l’adorent. Son dernier « coup » fait la « une » en Flandre. Peu après avoir publié en néerlandais son nouveau roman (« Het leven gezien van beneden »), il sort un autre roman (« Spoo Pee doo », titre venu du jazzman Archie Sheep) et le propose pendant 3 semaines, jusqu’au 26 octobre, en téléchargement gratuit avec wetransfer. Le livre de 153 pages existe en quatre langues dont le français. Ensuite, le livre sera vendu comme d’habitude en librairie, mais uniquement, au départ, en néerlandais.

C’est un livre typique de Dimitri Verhulst avec ses « héros » blessés par la vie mais d’une folle humanité et qui traînent une nuit au café entre bière, coke, sexe et jazz tandis qu’à la radio, on apprend qu’un attentat terroriste frappe l’aéroport de Schipol. On est le 13 novembre. Ou comment un trip plutôt glauque peut tenter de conjurer l’arrière-fond dramatique du monde.

On peut le charger via wetransfer, mais la plate-forme, très frileuse, refuse de promouvoir ce livre estimant « que la langue, le style et le contenu » du livre ne correspondent pas à ses standards. De plus, un passage semble effrayer wetransfer quand, durant la nuit, ces hommes saouls essaient d’uriner dans les toilettes sur un graffiti représentant Mohammed.

Longue carrière

A 44 ans, Dimitri Verhulst a déjà une longue carrière littéraire, dont un très grand succès avec « La merditude des choses » (200000 exemplaires vendus) qui donna lieu à un film tout aussi mémorable de Felix Van Groeningen. Il y racontait l’histoire haute en couleur d’un jeune garçon pris dans une famille totalement déjantée et alcoolique. C’était sa propre histoire. Sa famille d’alcooliques dégageait une formidable tendresse. Ces paumés de chez paumés formaient aussi une famille généreuse, entraidante, chaleureuse dans ses soûleries lamentables.

Dans la culture flamande, il y a une forte veine naturaliste qui n’a pas peur d’empoigner les sujets les plus crus de la vie. James Ensor le fit en peinture, Arno en chansons. Hugo Claus et Tom Lanoye le font en littérature. Comme Dimitri Verhulst.

Son roman « L’entrée du Christ à Bruxelles » séduisit tout autant les francophones. Ce court roman imagine qu’un jour une dépêche tombe sur les écrans annonçant que le Christ viendra sur Terre, et à Bruxelles, le 21 juillet, jour de la fête nationale. Cette simple annonce bouleverse la vie des habitants, perturbe les autorités, rameute les curieux.

Son dernier roman traduit en français, « Comment ma femme m’a rendu fou », a, à nouveau, connu un beau succès. Dans la même veine, il parle d’un sujet si peu abordé : la solitude et la tristesse des gens âgés. Une comédie humaine très drôle et ironique qu’on lit d’un trait. Mais c’est aussi, en même temps, un des livres les plus noirs qu’on puisse imaginer sur la condition humaine. Un homme de 70 ans qui n’a plus de plaisir dans la vie et dans son couple, choisit de simuler la maladie d’Alzheimer pour être séparé de sa femme, dans un home, et voir ce que les gens disent de lui.

On a connu aussi Dimitri Verhulst comme coprésentateur avec Hadja Lahbib, de l’excellente émission culturelle sur Arte Belgique, « Vlaams kaai ».

En 2004, il quittait Gand pour fuir le Vlaams Blok et s’installer durant plus de dix ans à Huccorgne, sur les hauteurs de Huy, en Wallonie où nous l’avions longuement interrogé en 2013. « Je connaissais bien la Wallonie dès mon enfance. J’ai escaladé tous les rochers de la région. Et à Gand, je voyais monter, comme ailleurs en Flandre, l’extrême droite. Mais j’ai bien vu qu’en Wallonie aussi, il y a une certaine xénophobie qui augmente. » nous disait-il en 2013.

Depuis lors, il a quitté la Wallonie pour la Suède.

Pour télécharger le livre chercher sur Google « Dimitri verhulst Spoo Pee Doo » ou via dimitriverhulst.wetransfer.com