Livres - BD

AMBIANCE

Créé en 1983 par Gérard Valet, et s'appelant pendant quinze ans «Prix Point de Mire», le «Prix des Auditeurs de la RTBF» 250.000 FB est l'un des plus appréciés par ses lauréats. Parce que ce sont des amateurs, au sens le plus noble du terme, qui l'attribuent. Un jury de lecteurs, qui choisit un titre de roman (ou de recueil de nouvelles) sur base d'une présélection établie par six critiques littéraires et pare huit libraires de Bruxelles et de Wallonie, en partant de la production de fiction publiée en langue française l'année précédente. Vendredi midi, en direct sur les ondes, ce Prix a récompensé le romancier algérien Anouar Benmalek, né à Casablanca en 1956 et qui fut l'un des fondateurs du Comité algérien contre la torture après les émeutes d'octobre 88. Auteur de plusieurs romans, le lauréat vit à Paris mais enseigne (les mathématiques) à Rennes: «J'écris beaucoup dans le TGV». L'horreur génocidaire l'Holocauste, le Rwanda est un sujet qui mobilise de nombreux écrivains, ces derniers mois; mais c'est à une extermination dont l'on parle infiniment moins qu'est consacré «L'Enfant» de Benmalek puisque ce roman, édité chez Pauvert, traite du génocide perpétré sur les Aborigènes d'Australie.

ABASOURDI

«J'ai moi-même été abasourdi par mon ignorance sur ce drame. Avant de me pencher sur lui, j'en ignorais quasiment tout»

Reconnaît Anouar Benmalek. On lui rapporte qu'il y a trois jours, à la Foire, Jorge Semprun fustigeait le devoir de mémoire, préférant le devoir de connaissance: «Il a raison. C'est lorsqu'on connaît la manière dont se sont passées les choses qu'on arrive à appréhender la cruauté dans toute son ampleur. Quelle qu'elle soit, cette cruauté, car je n'ai pas voulu écrire un livre spécifiquement sur l'extermination des Aborigènes après la colonisation. Devoir de connaissance, mais devoir de compassion aussi. Jamais, je n'ai écrit un livre avec ce sentiment qu'il fallait que je le fasse.»

LA LITTÉRATURE

L'un des tout premiers à féliciter Benmalek aura été Tahar Ben Jelloun. Au sujet de «Cette aveuglante absence de lumière», son livre controversé qui a pour hallucinant décor le bagne/mouroir de Tazmamart, il dit: «J'ai fait là oeuvre d'écrivain public, utilisant les faits historiques et les romançant. La transpostion en roman permet de marquer plus profondément la sensibilité des gens et d'en toucher un beaucoup plus grand nombre: c'est très important, la littérature. C'est un livre sur la résistance à la barbarie.»

Si Anouar Benmalek est prof à Rennes, c'est à Rennes aussi que naquit Alphonse Cherel. Si ce nom ne vous dit rien, sachez que c'est ce monsieur qui créa en 1929 la fameuse méthode Assimil. Son petit-fils, Yannick, venu vendredi à la Foire, nous y apprit qu'en plus du livre/papier ou du CD-Rom, des Assimil existent désormais en ordinateurs de poche: l'américain, l'anglais, l'espagnol «sans peine» débarquent sur le marché. 2001 ou pas 2001, il y deux mille et des ans, le Philosophe le disait déjà: «On est autant de fois homme qu'on parle de langues.»

© La Libre Belgique 2001