Livres - BD

La vie commence parfois comme une fête, une fête d'anniversaire où l'on invite ses amis à partager l'événement et où l'on apprend le poids et l'importance des différences. Parmi les amis d'Emma, Lamia n'aime que le jaune, Damien raffole du rouge, Paola penche pour l'orange. Sur fond kraft apparaît chaque convive. Il est représenté dans son environnement de couleurs favorites. Lamia mange son jaune d'oeuf, prépare des gâteaux de sable, rêve devant un plat de citrons tandis que Damien passe du ketchup au camion de pompier. Le noir de Merwan et le violet de Marina, entre masque de Zorro et tarte aux myrtilles, habitent également une belle page d'illustration dans ce livre étonnant et réussi au graphisme aussi séduisant. Chaque enfant est différent et vit dans un univers qui lui appartient comme le montrent toutes ses tranches de vie en lesquelles on s'immisce volontiers. Signé «Sandra Desmazières», jeune Parisienne également réalisatrice, «Emma et ses amis» ouvre une nouvelle porte.

LES DEUX ARBRES

Précieuse dès les premières années de vie, l'amitié est cependant souvent mise à rude épreuve comme l'apprendront rapidement les deux arbres d'Elisabeth Brami et de Christophe Blain. Deux arbres étaient donc amis. L'un était grand, l'autre était petit mais il se dépêchait de grandir. Les deux compères fleurissaient, mûrissaient, se fanaient ou grelottaient ensemble. Jusqu'au jour où le jardin fut coupé en deux par un mur qui les empêcha de se voir. Mais les arbres ne sont-ils pas plus grands et plus puissants que les hommes? L'histoire nous le dira dans un album qui évoque la folie humaine illustrée de manière parlante, parfois même criarde, en tout cas bien vivante.

LE GÉANT DE LA GRANDE TOUR

C'est la même folie qui inspire Carl Norac, un de nos meilleurs auteurs jeunesse, et Ingrid Godon pour «Le Géant de la grande tour», un livre important présenté à la Foire du livre de Bruxelles, un conte qui propose d'autres réponses que celles des médias.

Montois d'origine, Carl Norac vit aujourd'hui à Orléans et a déjà publié une quarantaine de livres pour enfants. Ingrid Godon, quant à elle, vit près d'Anvers et s'est déjà fait remarquer à Bologne pour ses illustrations décalées et sans concession. Première interrogation: « Si j'étais un géant, pourrais-je arrêter ce qui tombe, toutes les injures et les bombes ?»

Assis dans le désert, adossé à son arbre, Thyl le géant voit des mirages. Un jour, il sent une légère pluie tomber sur lui et sourit. La pluie est si rare en son pays. Puis il réalise qu'il s'agit de cailloux jusqu'à ce qu'une énorme pierre tombe du ciel et écrase son ami l'arbre. Thyl fait ce qu'il peut pour emmener l'arme du crime au loin, arrive en ville où il se croit protégé par un sentiment, la terreur, dont il vient de découvrir l'ampleur. Objet de curiosité, Thyl, en ville, attire les passants, se réfugie sur la plus haute tour d'une ville immense, découvre une bibliothèque et l'impact des livres qui le rendent de plus en plus fort. Assez pour repousser la Terreur? Outre les pastels intéressants et parfois sombres de Ingrid Godon, «Le Géant de la grande tour», aux résonances profondes, séduit surtout par sa trame narrative pleine de sens et de douceur malgré la cruauté dénoncée.

dans la terre.

«Bientôt, ici,

un arbre poussera et il deviendra

un ami pour moi» pense le géant

en s'endormant doucement.

© La Libre Belgique 2005