Livres - BD

Quand deux talents se rencontrent, qu'espérer sinon du talent au carré? C'est exactement ce qu'il s'est passé avec l'adaptation des deux best-sellers de Mario Ramos, C'est moi le plus fort et C'est moi le plus beau par Arnaud Demuynck, la référence belge en matière de court-métrages pour enfants. Et pas seulement.

Porter l'enfant prodige de la littérature jeunesse à l'écran était un fameux pari. Pari réussi, comme on a pu le découvrir en «première mondiale » à La montagne magique, lors d'une soirée organisée par le Centre de littérature de jeunesse de Bruxelles, la veille de la journée Mario Ramos, célébrée le 7 novembre dans plusieurs pays depuis le décès prématuré, en 2012, de ce grand artiste.

Après avoir déjà animé avec succès La chasse au dragon d'Andrea Nève Ramos et de Jean-Luc Englebert, il a obtenu l'assentiment de sa femme Andrea Nève pour poursuivre l'aventure.

Respecter l'image

«Il fallait, explique Arnaud Demuynck, respecter l'image telle que Mario Ramos nous l'a transmise, ne pas la lisser. J'ai donc voulu rester au plus près du livre. J'ai utilisé la technique du papier découpé numérique pour ne pas trahir le trait du dessinateur. Je voulais garder l'idée du crayon».

L'une des difficultés de cette adaptation consistait à donner au loup une voix juste et crédible, fidèle à celle qu'ont imaginée tant d'enfants à la lueur de leur lampe de chevet. Il s'agit carrément de la colonne vertébrale du projet. Le bon choix se portera sur Christian Léonard dont le timbre allie truculence, douceur et chaleur. Des enfants de quatre ans incarnent, quant à eux, les petits cochons, très crédibles également, avec cette générosité et gourmandise dans la bouche. Le tout sur fond de musiques jazz qui animent la forêt tout en préservant ses mystères.

Loups tendres et loufoques

Fidèle à l'esprit et à la lettre de l'auteur illustrateur, le réalisateur Arnaud Demuynck a travaillé à l'épure, à l'économie de mots, respectant le crayonné, l'aspect artisanal des livres, les postures de ce loup facétieux tellement humain que l'on adore aimer ou détester.

Résultat, les deux-courts métrages, après huit mois travail, durent chacun six minutes. Une durée pas très « bancable» explique Arnaud Demuynck qui envisageait d'adapter plusieurs albums de Mario Ramos pour obtenir un film d'une cinquantaine de minutes susceptible d'exister par lui-même, en cinéma. «J'ai eu tellement d'appels depuis cette soirée que j'ai compris que je ne devais pas attendre trop longtemps. Ces deux films s'intégreront donc dans un programme Loups tendres et loufoques, qui interroge la figure du loup, pas seulement dans les albums de Mario Ramos, mais dans la littérature, dans notre histoire et au niveau écologique. Il sera prêt en février ou mars 2019, sortira en salle en octobre 2019 et une chaîne de télévision a marqué son intérêt

En attendant, ces premières histoires de loups , de La Boîte, ... Productions, existeront dans les festivals, comme, qui sait?, Anima, grâce à La chouette du cinéma, alter ego d'Arnaud Demuynck. Ils seront aussi visibles dans certains salons du livre jeunesse comme celui de Montreuil qui se tiendra du 28 novembre au 3 décembre. Les films d'animation y seront projetés devant plusieurs classes d'enfants.

Une anthologie

Résistant largement à l'épreuve du temps, le génie de Mario Ramos gagne en profondeur chaque année et les enfants continuent à réclamer ses histoires. Raison aussi pour laquelle la maison d'édition Pastel vient d'éditer une très belle anthologie qui reprend quatre histoires cultes. Une évidence pour l'éditrice Odile Josselin qui n'a pas regardé à la qualité: dos toilé, papier Munken, à épais grammage, moins éclatant mais doux et sensoriel au toucher, tranchefile orange... Tout est soigné de la première à la dernière page.

Prétentieux et bravache

© mario ramos

"Faire rire quelqu'un le rend plus humain.

Dans mes albums, j'adore travailler là-dessus

Faire rire ensemble les petits et les grands est la plus belle récompense pour un auteur."

En ouverture, une phrase de Mario savamment choisie, suivie de la préface d'Andrea Nève Ramos qui nous explique pourquoi on aime  ce loup prétentieux et bravache, tantôt victime tantôt prédateur, "C'est parce qu'il nous dit tant de nous" .

Quatre histoires - C'est moi le plus fort, Mon ballon, Le plus malin et Le loup qui voulait être un mouton - qui sont aussi des histoires de rencontres et portent parfois un regard drolatique sur les contes comme ce Petit Chaperon rouge que le maman envoie «courageusement» dans la forêt voir sa mère malade à sa place et la dote d'un bonnet rouge pour être sûre que le loup ne la ratera pas. Ce très beau livre s'achève par une bibliographie de l'auteur. Histoire de rêver à d'autres recueils...

En attendant, celui-ci s'impose dans la hotte de Saint Nicolas ou au pied du sapin.

Histoires de loups, Mario Ramos, Pastel, 159 pp., env. 24,80 €. Dès 3 ans.