Le monde breton. Comme si...

O.M. Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

Lorsque l'on pense à l'identité bretonne, des caricatures viennent à l'esprit, comme celle de Bécassine, héroïne de bande dessinée traversée pendant la prime jeunesse. «Il nous faut blâmer cette littérature pernicieuse car elle se moque de nous, écrit Françoise Morvan. De nous, donc de moi? Mais quel rapport entre elle et moi? Le fait d'être breton?» Agrégée de lettres, cette auteure est une habituée de l'écurie Actes Sud pour laquelle elle a rédigé des essais consacrés aux fées et aux lutins. Surtout, elle a traduit le théâtre complet de John Millington Synge ainsi que des oeuvres de Tchekhov. Ici, il s'agit d'un genre différent. Et, à vrai dire, assez étonnant.

Tout part de sa volonté d'entreprendre l'édition des manuscrits d'un folkloriste breton, Armand Robin. Ce poète multiforme est originaire d'un village proche de sa région natale. Là, on ne parle pas vraiment le breton, mais une forme quelque peu modifiée: le gallo. Ce sont deux langues qui confluent, certes. Mais pour les nationalistes locaux, cela pose un problème. «La défense du breton, présenté comme une langue celtique pure, se double d'un mépris, d'autant plus profond qu'il est inavouable, pour le gallo», écrit-elle. Au départ de cette entreprise liée au temps, à la mémoire, aux sensations de la langue, cette spécialiste de la littérature populaire se trouve confrontée à une «instrumentalisation» de la langue et de la culture bretonnes à des fins politiques et commerciales. Notamment parce que, depuis 1975, cette région accueille chaque année plus de touristes qu'elle ne compte d'habitants. Cette industrie suppose que l'on fasse une forte promotion de l'identité culturelle locale. Quitte à la caricaturer. Quitte à gommer les spécificités. «Le fait que la langue ne puisse plus être transmise actuellement, puisque moins de 1 pc des jeunes sont à même de la parler - et quelle langue parlent-ils, la question n'a guère été posée -, n'empêche pas les militants actuellement en charge de la culture d'en faire une priorité absolue», explique Françoise Morvan.

Aussi, ce livre, qui n'est pas dénué d'humour, conte-t-il cette longue immersion dans un univers étrange visant à «doper» artificiellement l'esprit breton. C'est une enquête sur le nationalisme à l'envers, par l'absurde. On y rencontre «le folklore anesthésiant», «l'opium du monde comme si». Au cours du voyage, d'aucuns estiment que cette dame «crache sur le mouvement breton».

Un ouvrage étrange pour une approche sociologique éloquente.

© La Libre Belgique 2003

O.M.

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