Livres - BD

Mon présent est ailleurs" , écrit Claire Ruwet, alors qu’Isabelle Poncet-Rimaud découvre "Des taches sur la robe" et que les "Mots et sang des femmes" tournent sur eux-mêmes avec Ariane François-Demeester. Tandis qu’Annie Rousseaux s’empare de "Plumes et pinceaux" pour accompagner ou provoquer l’écriture et que Monique Thomassettie sans cesse remet ses visions sur le métier, donnant à la poésie le pas sur sa propre peinture.

Marceline Desbordes-Valmore n’est jamais loin lorsque les femmes sortent leur visage du fond d’un puits et le confrontent au soleil levant et couchant. Chanter les fleurs et les oiseaux ? Certes. Mais encore ? C’est ainsi que "Mots et sang des femmes" réédité aujourd’hui, donne à l’écriture d’Ariane François-Demeester une fraîcheur accrue et comme une percussion de la pensée qui met plus que jamais cette auteure au niveau de l’événement tiré hors du "bruit fossile des mots". Depuis "Flammes jetées au vent" (Dieu-Brichart, 1981), ses poèmes, nouvelles et roman ont assemblé en elle les éléments complexes d’un mouvement de création qui inclut l’aventure de la gouge. Les œuvres du poète, ainsi complétées par celles de l’artiste, en un surprenant "fil d’Ariane", révèlent l’univers presque initiatique de l’expérience intime de l’auteure. Sur tous les continents, elle repère et révèle l’évidente démarche à la fois sacrificielle et génitrice de la femme éternelle.

Comme le fait, autrement, Claire Ruwet en affirmant "Mon présent est ailleurs" dans un éloge du métissage à travers un arbre généalogique bariolé. Récit où l’existence et la liberté se répondent dans une prose poétique qui passe par les images et rythmes d’Afrique, mais également par la guerre de 40, sur nos terres, et les camps de concentration où peinait un certain Nicolas Ruwet Des encres de Vincent Meessen accompagnent ces évocations. Sans doute auraient-elles pu être les siennes puisque, nous le savons, l’artiste, en elle, double l’écrivain. Cela même que, dans son parcours, Annie Rousseau n’a pas hésité à faire avec "Plume et pinceaux" qu’elle sous-titre : "L’art de (se) créer". Son livre trace, en effet, la double découverte de soi et du sens de la vie, vraie quête existentielle, et frémissant cheminement à travers la pratique de la poésie et celle des arts plastiques qu’elle commente pas à pas. Illustré de deux visages, fusain, et encre, en pleine page.

Et remercions Monique Thomassettie d’avoir fait cadeau à ses lecteurs de ses sobres dessins au crayon qui disent les arbres, les montagnes, une nature dévisagée par une artiste dont nous connaissons l’importante œuvre picturale. Œuvre à laquelle elle préfère aujourd’hui toutes les formes d’écriture en quête de l’inconcevable qui habite nos vies. En livrant ici ses pages à sa pérenne songerie, le poète s’insère au cœur de la montagne, du temps, de la lumière, et des âmes elles-mêmes dans leur quête sans fin.

De quoi léguer "Le jour aux ignorants" avec Véronique Wautier (prix Ex Libris 2009). "Ce matin je regarde de tout mon bleu", écrit-elle. L’auteur de "Chacun de nous est une foule" a confié les enluminures de ce recueil-ci à Godelieve Vandamme qui rassemble et ordonne en couleurs vives et traits rapides des images pour contes de fées. Car chaque page y est comme un autoportrait que la vie se dessinerait avec des mots. "Avec une patience d’arbre/Tu ramasses les preuves/D’un monde/Où le mot n’était pas encore." C’est avec ce mot, qu’elle amène au jour, que Véronique Wautier "plante sa tente sous la lumière inquiète". C’est de ce mot que va également s’emparer Isabelle Fable, et revoir avec lui ce qu’on appelle le temps qui passe, les attitudes, visages, rôles ou destins. Le mot bref, ciblé, qui nous bascule du côté de "Femmes en souffrance". Et nous remet (sans jeu de mot !) dans la fable où "mer" et "mère" sont en connivence, où "le temps passe sur son radeau", où les mots jouent avec eux-mêmes, même au moment où "la mort d’espadrille". C’est de là, semble-t-il, que les taches sur la robe du poète Poncet-Rimaud pourraient être aperçues. Taches révélatrices d’une démarche qui "égrène la parole/jusqu’à couvrir le silence/de sa poussière".

Isabelle Poncet-Rimaud pose son oreille sur le monde. Une "planète vide [ ] toute parole abolie". Elle se demande "quel ciel s’ouvrira/sous la faux de l’aile ?"

Sept recueils se répondent en creusant leurs questionnements. Des femmes nous parlent parce qu’il est question de vie.

Des taches sur la robe I. Poncet- Rimaud éd. du Cygne; Femmes en souffrance I. Fable éd. Le Coudrier; Le jour aux ignorants V. Wautier éd. Eranthi; L’aïeule montagne et l’enfance de la vallée M. Thomassettie éd. M.E.O.; Plume et pinceaux A. Rousseaux éd. Traces de vie; Mots et sang des femmes A. François Demeester Patch’éditions.