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L'impératrice Marie-Thérèse, dont il était le beau-frère, l'avait incité à se contenter d'être le coq du village, mais il se garda bien de suivre ce conseil. Derrière la vie de cour brillante et festive du bien-aimé Charles de Lorraine, c'est d'une politique scientifique et économique ambitieuse que le gouverneur général des Pays-Bas autrichiens fut l'artisan, du milieu du XVIII e siècle jusqu'à sa mort en 1780.

Aujourd'hui encore, on reconnaît sa marque, du palais de Bruxelles au château de Mariemont en passant par celui de Tervueren. Si ne subsistent, de sa demeure bruxelloise, que la chapelle et l'aile du jardin qui abritent son musée, les Archives générales du Royaume, la Bibliothèque royale et une partie des Musées royaux des Beaux-Arts n'occupent pas pour rien les emplacements de l'ancien palais et de ses jardins. Ces hauts lieux de culture et de sciences ne pouvaient pas avoir de meilleure antériorité.

Beaucoup moins enviable, matériellement comme dans les mémoires, a été le destin des ateliers et des manufactures suscités ou encouragés par le représentant de la souveraine autrichienne dans les "provinces belgiques". A son décès, la plupart de ces entreprises expérimentales, auxquelles le fond du parc de Tervueren avait été voué, furent supprimées sur ordre de l'empereur Joseph II. Et l'occupation française paracheva la table rase.

C'est pourtant à une fantastique éclosion d'innovations que fut associé celui qu'un distique, lors de l'inauguration de sa statue sur la place Royale, appela "de vreugd van 't Nederland" ("la joie du plat pays"). A ces avancées réalisées dans les domaines de la construction, du textile, du papier peint, de la porcelaine, de la fonderie... est consacré l'ouvrage collectif qu'ont coordonné Claire Dumortier (Musées royaux d'art et d'histoire) et Patrick Habets (UCL).

FILS DE SON TEMPS

Prince prodigue doublé d'un savant autodidacte, captivé par toutes les disciplines et tous les arts, Charles apparaît aussi, au fil de cet ouvrage, comme archétypique de son époque et de son milieu. Sa vision et celle de ses ministres plénipotentiaires, Cobenzl surtout, relève du colbertisme - protectionnisme et intervention de l'Etat dans tous les domaines -, néanmoins atténué avec le temps. Le développement est favorisé, mais sous contrôle. L'orientation prise conduit à la grande industrie capitaliste qui brise le pouvoir des guildes. La manufacture de porcelaine de Bruxelles-Tervueren échappe à la juridiction des corporations.

Bien sûr, les idées ont toujours une source. Il est permis, à cet égard, de se demander quelle influence exerça sur le gouverneur la loge F.M. de type Rose-Croix à laquelle il appartenait. Claudine Lemaire, présidente honoraire de l'Académie royale d'archéologie de Belgique, n'hésite pas à voir en lui un digne représentant du "Rosicrucian Enlightenment". Voilà un beau terrain de recherche à défricher...

Une nouvelle biographie de Christophe Colomb, due à Denis Crouzet (Université de Paris IV-Sorbonne), fait ressortir la conviction millénariste qui anima le découvreur de l'Amérique, au point qu'il se crut investi d'une mission divine (Payot).

Anne Kraatz (Ecole pratique des Hautes Etudes, Paris) analyse Le commerce franco-russe du milieu du XVIIe siècle à la fin du XXe (Les Belles Lettres).