Livres - BD

Chaque vendredi, La Libre sélectionne un livre paru en format "Poche" et vous en propose la critique.

C’est un premier roman qui n’est pas passé inaperçu. "Le grand marin" de Catherine Poulain avait recueilli un bel accueil critique avant de conquérir quelque 300 000 lecteurs (sa sortie en format poche ne pourra qu'améliorer encore son audience) et de récolter huit prix littéraires.

La vie de Catherine Poulain est à elle seule un roman : elle a pêché pendant dix ans en Alaska, en plus d’avoir sillonné la planète et exercé divers métiers - celle qui est aujourd’hui bergère et ouvrière viticole entre les Alpes de Haute-Provence et le Médoc a d’abord été employée dans une conserverie de poissons en Islande, puis sur des chantiers navals aux Etats-Unis, et barmaid à Hong-Kong. Une vie d’aventurière et de farouche indocile qui a nourri ce premier roman à la grâce aérienne, à l’écriture cristalline, où les fulgurances poétiques emportent par douces vagues.

"Nous n'étions rien sans les autres"

Fraîchement arrivée à Kodiak, en Alaska, Lili veut trouver du travail sur un bateau de pêche. Elle a beau n’être qu’une femme sans papiers, elle parvient à embarquer et découvre les nuits sans sommeil, les blessures qui peuvent tuer, les tâches de forçats, l’humiliation d’être une femme parmi les hommes. Son corps souffre souvent, son âme peine parfois, mais sa détermination est sans faille. Ce petit bout de femme qui refuse de vivre dans une maison douillette et qu’effraie le "bonheur des gens beaux et qui ont de l’argent" rêve de Grand Nord, étonne ses comparses et gagne leur respect. Lili veut appartenir à la famille des pêcheurs, ne jamais les quitter. "Qu’il m’avait été donné le plus grand bonheur, la plus belle fièvre, le plus grand effort aussi, que nous partagions dans les cris et ma peur, que nous partagions parce que nous n’étions rien sans les autres."


Dans cette aventure qui la pousse au bout d’elle-même, défie sa vulnérabilité, hisse l’errance en nécessité, dans cette vie où le fil tendu de la peur et de la douleur peut se rompre à tout instant, Lili ne perd jamais de vue le cap qu’elle s’est fixé : défendre sa liberté, envers et contre tout et contre tous, même lorsque Jude, "le grand marin", devient plus qu’un camarade de pêche. Quête de sécurité ? De certitude ? D’absolu ? Aussi frêle que combative, Lili cherche à se prouver qu’elle est vivante. "Résister, aller au-delà, surpasser. Tout." En prenant la plume, c’est à une autre bataille que s’est attelée Catherine Poulain. Sa victoire est éblouissante.

Catherine Poulain, "Le grand marin", Points Seuil n° P4545, 376 pp.