Livres - BD

Chaque vendredi, La Libre sélectionne un livre paru en format "Poche" et vous en propose la critique.

Entrer dans "Puissions-nous être pardonnés" d’A.M. Homes, c’est accepter de se laisser emporter dans le tourbillon d’une histoire virevoltante qui séduit par son rythme soutenu et son humour rafraîchissant. Ce, alors que tout commence par des événements effroyables entraînant la mort de trois personnes. Avant que son frère George ne perde le contrôle de son existence et ne commette l’impensable, Harry menait une vie routinière de professeur d’université, d’historien spécialiste de Nixon, de mari fidèle, d’homme banal, d’humain détaché de tout sentiment. Arrogant et belliqueux, son frère cadet lui a toujours fait de l’ombre. Bien malgré lui, l’invisible qu’était Harry va, du jour au lendemain, enfiler le costume du héros, discret mais désormais large d’esprit et ouvert à tous les possibles.

Un famille des plus singulières

Jusque-là, Harry évitait de se retrouver en présence d’enfants et vivait mal les réunions familiales, haut lieu de la culture du mépris. Mais lorsque tout bascule, Harry ne panique pas. "Un monde nous est offert, si nouveau, si aléatoire et si dissocié qu’il nous met tous en danger." Cette réalité inattendue, Harry va l’accueillir avec entrain et très concrètement. Il commence par habiter dans la maison de son frère - il faut bien s’occuper du chien et du chat. Il s’inquiète du sort de son neveu et de sa nièce, s’investit dans leur éducation, se soucie de leur chagrin et de leur quotidien. Dans la foulée, il ira jusqu’à héberger un orphelin et un couple de retraités farfelus. Lui qui a toujours trouvé les familles suspectes, le voici en train d’en créer une des plus singulières, choisie et non définie par le sang.


D’une plume alerte et incisive qui a l’audace de pimenter d’humour les situations les plus délicates et de multiplier les péripéties cocasses sans jamais lasser, A.M. Homes ("Ce livre va vous sauver la vie", "Le sens de la famille") retrace une année de la vie d’un homme en totale mue. Un être quelconque a grandi, s’est ouvert aux autres, à la différence. Léthargique et effacé, Harry attendait que sa vie décolle. Il aurait pu perdre ses dernières illusions dans un drame pour lequel il n’est pas exempt de toute responsabilité. Il a gagné de connaître l’affection véritable, de se créer une famille de cœur, de découvrir l’être qui sommeillait en lui.

"Quel héritage devons-nous léguer à nos enfants? Sont-ils destinés à mourir pour les haines qui ont affligé l'ancien monde, ou sont-ils destinés à vivre parce que nous aurons eu la vision d'édifier un monde nouveau?" (extrait)

A.M. Homes, "Puissions-nous être pardonnés", traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Yoann Gentric, Babel n° 1465, 686 pp.