Livres - BD Un jury d’auditeurs va élire un premier roman, livre fragile s’il en est.

C’était il y a dix ans. Constatant que le prix Point de Mire avait perdu de son aura, une poignée d’enthousiastes a décidé de lui donner un nouvel élan. Dont Corinne Boulangier, devenue depuis directrice de La Première : "La RTBF ne peut se passer d’un prix littéraire, marque de notre soutien à la culture et élément de proximité avec nos auditeurs". Avec Jean-Pierre Hautier, une équipe s’est alors mise en place et a réfléchi, avec la volonté de se distinguer des prix déjà existants. "Soutenir un talent émergent, un premier roman, nous paraissait cohérent avec l’image de La Première", se souvient Corinne Boulangier, qui assure qu’en dix ans, le prix a gagné en crédibilité : "Nous avons amélioré la manière de constituer nos jurys, avec des panels véritablement représentatifs de nos auditeurs mais aussi avec des lecteurs qui y participent pour de bonnes raisons". Ce qui a, selon elle, rejailli sur la médiatisation du prix mais aussi sur l’image qu’ont les auteurs primés vis-à-vis de leur éditeur.

En dix ans, trois auteurs belges ont été couronnés : Nicolas Marchal (2009), Nicole Roland (2011) et Antoine Wauters (2014). Laurent Dehossay, qui préside actuellement le jury (mais, à ce titre, ne vote pas), souligne l’éclectisme des goûts des jurés, tout en constatant, dans les derniers romans primés, "la prédominance de thématiques graves : il y a de la noirceur, de la violence, des laissés-pour-compte". Les choix ne sont jamais anodins. "La littérature est un échange qui engage les jurés. Certains n’hésitent pas à mettre leurs tripes sur la table lors de nos discussions."

Equilibre

Dix finalistes - dont les ouvrages parus lors des deux dernières rentrées littéraires (celles de septembre 2015 et de janvier 2016) ont été sélectionnés par un comité regroupant des journalistes et des libraires - sont soumis au vote du jury se réunissant lors de trois sessions. "Cette année, le consensus a été rapide", avoue Laurent Dehossay. Qui taira néanmoins le nom du lauréat jusqu’à l’annonce officielle. Choisis sur base d’une lettre de motivation, les jurés sont majoritairement des femmes, même si l’équipe veille à un certain équilibre (entre les âges, les régions d’origine, les sexes). Souvent, l’aventure se poursuit. "C’est frappant de voir comment des gens qui ne se connaissent pas échangent rapidement. Ces derniers jours, j’ai vu circuler des mails : cette expérience lie les jurés, ils ont envie de continuer à se voir, à partager d’autres lectures."