Livres - BD

Bernard Quiriny, 30 ans, a reçu le prix Rossel 2008, hier, des mains de la ministre de la Culture de la Communauté française, Fadila Laanan. Le jury, composé d’écrivains, a élu le jeune auteur pour le recueil de nouvelles "Contes carnivores" (Seuil, 245 pp., env. 18€), préfacé par Enrique Vila-Matas, parmi cinq finalistes: Corinne Hoex ("Ma robe n’est pas froissée"), In Koli Jean Bofane ("Mathématiques congolaises"), Jean-Marie Piemme ("Spoutnik") et Daniel Charneux ("Nuage et eau"). Les jeunes ont récompensé Jean-Luc Outers pour "Le voyage de Luca" (Actes Sud). L’écrivain avait remporté le prix Rossel en 1992 pour son roman "Corps de métier".

Fantastiques nouvelles

On rencontre une foule de personnages étranges dans les "Contes Carnivores". Un évêque victime d’un dédoublement de corps s’efforçant de cacher l’un pendant qu’il habite l’autre, un homme percevant les conversations qui le concernent même quand les personnes se trouvent à des centaines de kilomètres ou bien un botaniste tellement passionné par ses plantes carnivores que la situation en devient malsaine.

Les quatorze nouvelles de Bernard Quiriny basculent du côté du fantastique. Le brillant auteur, à peine trentenaire, né en Belgique mais vivant aujourd’hui en Bourgogne, journaliste à Chronic’Art, signe un deuxième recueil extra-ordinaire, à l’écriture classique et soignée.

Les nouvelles faisant montre d’une imagination sans limites, on songe à Edgard Poe et à son Gordon Pym ou à Julio Cortázar pour sa manière de traiter le quotidien avec un soin du réalisme particulier, puis d’introduire l’élément perturbateur qui entraînera l’évaporation des repères. D’éléments étranges en situations rarissimes, Bernard Quiriny manie le fantastique comme Jorge Luis Borges: avec une humble érudition - des auteurs réels ou imaginaires nourrissent sa plume. On peut notamment y croiser Thomas de Quincey et son essai d’humour noir "De l’assassinat considéré comme un des beaux-arts" ou Pierre Gould, son personnage récurrent. Présent également dans son premier recueil de nouvelles, "L’angoisse de la première phrase" (Phébus, 2005), qui a remporté le prix de la Vocation.

De quiproquos en curiosités, comme des légendes intemporelles, ces nouvelles fantastiques ravivent des frayeurs enfouies, intriguent, bouleversent et amusent, mais surtout, enchantent. C’est sans doute pour cette raison que Bernard Quiriny a choisi cette citation d’Ambrose Bierce en exergue: "Si ces faits stupéfiants sont réels, je vais devenir fou. S’ils sont imaginaires, je le suis déjà."