Livres - BD

Nous croyons un peu trop facilement que le paganisme est mort avec les dieux des Grecs et des Romains, terrassés par L'Évangile du Christ. Il continue d'inspirer des millions d'hommes à travers le monde, des Shintoïstes japonais aux Hindouistes en Inde, où ils sont 827,5 millions. Au Guatemala, des prêtres mayas ont soumis à une purification rituelle le temple que le président Bush a visité en mars dernier. Ils ont brûlé de l'encens et battu le tambour selon les anciens rites indiens, afin de dissiper l'énergie mauvaise répandue par le président et les agents de sa sécurité qui profanèrent le lieu sacré.

LA MANIFESTATION DU DIVIN

Moins visible en Europe, le paganisme Continue d'y hanter les esprits qui ne peuvent s'accommoder ni du dogmatisme des religions monothéistes ni du nihilisme d'une modernité matérialiste et marchande, destructrice de valeurs. Dans "Le serpent à plumes" (1925), D.H. Lawrence, l'auteur de "L'Amant de lady Chatterley", rêvait d'un retour des peuples à leurs dieux, Quetzalcoatl, Mithra, Hermès, Wotan, etc. Utopique ? Mais Jacqueline de Romilly, la grande hellénisante élue à l'Académie française, ne nous a-t-elle pas souvent rappelé que les dieux de la Grèce demeurent, par des tragédies et les épopées homériques constamment revisitées, enfouis au plus profond de notre inconscient collectif ? Et le cardinal Daniélou ne répondait-il pas en 1965 à la question : quelle est la religion de l'Europe ? "Il y a une religion de l'Occident. Cette religion, c'est l'antique paganisme grec ou latin, celte ou germanique. Nous ne sommes jamais que des païens convertis... Le païen est celui qui reconnaît le divin à travers sa manifestation dans le monde visible." Combien de ceux qui se disent chrétiens reconnaissent-ils encore le divin dans le monde ?

Christopher Gérard, ancien étudiant en langues anciennes à l'Université de Bruxelles, se veut une sorte d'archéologue de la mémoire païenne, d'une mémoire qui remonte à l'aube des temps : "Un coucher de soleil, la contemplation de la lune dans une clairière enneigée, un grand feu demeurent des expériences du sacré". Dans un temple d'Hanouman à Delhi, raconte-t-il, il a compris que le paganisme pouvait se vivre aujourd'hui et que rien ne l'empêchait de le pratiquer devant un autel domestique chez lui. Ainsi répond-il au propos de son maître Alain Daniélou (le frère du cardinal, qui s'était converti à l'hindouisme à Benarrès) : "Une vie qui n'est pas un rite perpétuel d'action de grâce n'est pas une vie réussie".

POURQUOI PAÏEN ?

Dans un petit livre intitulé "La source pérenne" - celle à laquelle il ne cesse d'étancher sa soif du divin-, Christopher Gérard a réuni des textes qui expliquent sa démarche, disent sa foi et son éthique, racontent des rencontres qui lui ont déjà servi pour deux romans dont nous avons rendu compte en leur temps : "Le songe d'Empédocle" et "Maugis" (tous deux à L'Age d'Homme). On y trouvera aussi quelques études, notamment sur les mystères de Mithra et l'empereur Julien. On y relève des propos très hostiles au christianisme, mais on lui accordera des circonstances atténuantes, eu égard aux persécutions innombrables que les chrétiens infligèrent aux païens lorsqu'ils accédèrent au pouvoir : statues renversées, temples détruits, fanatisme de moines aux comportements de "taliban" à Alexandrie et ailleurs, mesures qui préfigurent les lois antijuives de l'Allemagne nazie : exclusion des administrations publiques, du barreau, de l'enseignement, etc.