Livres - BD

Une fois passée l'euphorie des prix littéraires, un certain nombre de lauréats avouent ne plus se retrouver capables d'écrire un nouveau livre. Peur de n'être pas à la hauteur de l'attente. Retombée difficile dans la solitude de l'écriture au quotidien. Recevoir un prix - le Goncourt jusqu'à il y a peu - aurait pour quelques-uns des conséquences inattendues. A l'inverse de l'effet escompté. C'est ce que laisse entendre David Foenkinos, lui-même deux fois distingué, dans un dernier roman dont le personnage central porte son nom. "Qui se souvient de David Foenkinos ?", interroge, en effet, cet "auteur Gallimard, le sang de Proust coulait dans mes veines" qui, après avoir obtenu le prix Roger Nimier et un joli succès pour "Le potentiel érotique de ma femme", est soudain confronté à l'indifférence. Ce n'est pas qu'il n'ait plus rien publié après sa réconfortante mise en lumière sur un titre ô combien dans l'air du temps. C'est juste que ses livres n'ont plus eu de succès après celui-là. Et lui, dès lors, plus le moindre souffle d'inspiration. Traumatisé.

AUTOCRITIQUE SAVOUREUSE

Les déboires de cet écrivain en panne d'imagination sont évoqués ici d'un ton allègre assez plaisant. On s'accroche au train du David Foenkinos, double du réel, qui, adepte d'une autocritique savoureuse, garde confiance en son avenir. Il sait qu'il lui faut juste s'acharner, ne pas laisser tomber les bras. Ce qu'il fait sans trop faire grand-chose si ce n'est d'épisodiques trajets en train Paris-Genève. Et c'est là que, croisant brièvement une jeune femme entre deux voitures, il a une subite illumination. L'idée. Celle qu'il cherchait en vain mais qui, à peine entraperçue, disparaît. Celle qui allait enfin lui redonner l'énergie du travail. Celle qui, l'euphorie aidant, allait lui faire retrouver l'amour de sa femme, fatiguée de ses manques et de ses doutes.

Amer et déprimé, David Foenkinos - ne demandez pas lequel - s'essaie à l'inédit d'aventures éphémères. Il repeint son appartement, revoit d'anciens amis. Il supporte mal que l'élève "boutonneux" auquel il donne des cours de guitare rafle la mise avec sa musique et emporte dans la foulée sa fille, championne de tennis. Ne lui reste que la consolation du vieux couple de voisins qui l'admirent et pensent qu'il a une vie palpitante.

CHEMINS ROCAMBOLESQUES

David Foenkinos retrouvera-t-il son idée perdue et obsessionnellement recherchée ? L'ennui, c'est que le lecteur la retrouve avant lui et que les chemins empruntés pour la voir resurgir semblent d'autant rocambolesques. Certes, le livre est un roman et la fiction s'y imbrique au réel sans que l'on y démêle le vrai du faux. La dernière partie, pourtant animée, donne l'impression de se déliter. On sourit à la manière dont l'auteur se moque de lui. On s'amuse de ses notations judicieuses sur l'amour, l'oubli, la jalousie, son numéro de "vieux séducteur fané", le passage du temps...

On marque toutefois le pas quand le récit dérape dans l'extravagance de comportements peu crédibles. La fraîcheur initiale de ce roman construit sur une bonne idée perd là de son innocence et de sa séduction.