Les erreurs de Georges Double V Bouche

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

Luc Lang réussit sur le 11 septembre un roman très différent de celui de Beigbeder. Il était aux Etats-Unis, dans le fin fond du Montana, lorsque les attentats eurent lieu. Il visitait les réserves des Indiens Blackfeet et il suivit le drame sur les écrans de télé de bars perdus au milieu de nulle part. Il fait le récit de ces quelques jours, de ce qu'il y a vu et senti avec un talent époustouflant. Il faut lire ainsi la description hallucinée du steak qu'un fast food lui sert dans un Bagdad café local. Un texte d'anthologie de dix pages qui devient métaphore des Etats-Unis eux-mêmes.

Son livre est une longue et virulente attaque contre une certaine Amérique arrogante, prépubère, aveugle, souffrant d'un ennui métaphysique et qui a confié son destin à celui qu'il nomme Georges Double V Bouche. Pour mieux critiquer, il se contente de décrire: la situation des Indiens bien sûr, massacrés par les Américains eux-mêmes, ce besoin d'armes qui colle à la peau comme Michael Moore l'a montré dans «Bowling for Columbine». Il se gausse des 4X 4 surpuissantes qui brûlent le quart de l'énergie mondiale. Et il s'étonne qu'on puisse comparer le 11 septembre à Pearl Harbour alors qu'il le comparerait mieux à Hiroshima qui fit 50 fois plus de victimes civiles et innocentes sous les bombes américaines. Le titre, «11 septembre mon amour», est bien un rappel du «Hiroshima mon amour» de Marguerite Duras.

Luc Lang dénonce cette Amérique blessée qui rêve de vengeance et qui fourbit ses armes. Mais il aime pourtant l'Amérique. Sa virulence est ambiguë. Il se prend lui-même pour un cow-boy dans les grands espaces des Rocheuses.

DES MOTS D'AMOUR

S'il attaque si vivement les Etats-Unis blessés dans leur orgueil à la fois impérial et infantile, il parle des victimes du 11 septembre avec une humanité extraordinaire, jamais entendue. Il reprend les derniers mots qu'ils ont lancés par GSM à leurs proches, avant de mourir; toujours des mots d'amour. Dire une dernière fois qu'on aime. «Ces voix-là, ne parlaient jamais de haine et de vengeance, de guerre, de meurtres d'autres femmes, d'autres hommes, d'autres enfants, ces voix disaient simplement: tu m'entends? Je te serre dans mes bras, je t'aime. Nous ne nous verrons plus». Luc Lang veut lutter contre «le mercantilisme politique des puissants, cyniques et calculateurs qui recyclent déjà les morts du WTC dans leur fausse justice vengeresse, qui les invoque pour nous entraîner dans leur vraie guerre et servir ainsi leur authentique volonté d'hégémonie». Il faut entendre ces voix pour que «cesse inconditionnellement le massacre des Innocents, celui des populations civiles qui sont l'enfance désarmée sans pouvoir ni drapeau de toutes sociétés humaines».

Un livre puissant et militant au nom du 11 septembre, contre Bush et Ben Laden.

© La Libre Belgique 2003

Guy Duplat

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